{"id":18358,"date":"2026-04-16T14:36:36","date_gmt":"2026-04-16T13:36:36","guid":{"rendered":"https:\/\/solent-avocats.com\/guides\/droit-du-credit\/credit-immobilier\/"},"modified":"2026-04-16T14:36:38","modified_gmt":"2026-04-16T13:36:38","slug":"mortgage-loan","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/guides\/droit-du-credit\/credit-immobilier\/","title":{"rendered":"Mortgages"},"content":{"rendered":"<p>Un cr\u00e9dit immobilier, pour un emprunteur, c&rsquo;est d&rsquo;abord un engagement de longue dur\u00e9e portant sur des sommes importantes. Pour le droit, c&rsquo;est un contrat dont chaque \u00e9tape \u2014 publicit\u00e9, information pr\u00e9contractuelle, offre \u00e9crite, d\u00e9lai de r\u00e9flexion, acceptation, ex\u00e9cution, d\u00e9faillance \u2014 ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles imp\u00e9ratives prot\u00e9geant le consommateur. Ce guide expose le r\u00e9gime juridique applicable aux pr\u00eats immobiliers conclus depuis le 1er octobre 2016, date d&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de l&rsquo;ordonnance n\u00b0 2016-351 du 25 mars 2016 transposant la directive europ\u00e9enne 2014\/17\/UE (dite <em>Mortgage Credit Directive<\/em> ou MCD).<\/p>\n<p>L&rsquo;angle est celui d&rsquo;un avocat qui s&rsquo;adresse \u00e0 un confr\u00e8re, \u00e0 un dirigeant ou \u00e0 un emprunteur averti. On insistera moins sur le calcul des mensualit\u00e9s que sur les pi\u00e8ges contentieux : irr\u00e9gularit\u00e9 de l&rsquo;offre et d\u00e9ch\u00e9ance des int\u00e9r\u00eats, TAEG erron\u00e9, dispropotion du devoir de mise en garde, contestation de la d\u00e9ch\u00e9ance du terme, articulation avec le surendettement. Ce sont les leviers concrets du contentieux bancaire en mati\u00e8re immobili\u00e8re.<\/p>\n<h2 id=\"cadre-legal\">Quarante ans de protection de l&#8217;emprunteur<\/h2>\n<p>Le droit du cr\u00e9dit immobilier ne se comprend pas sans son histoire. Il s&rsquo;est construit par strates successives, chacune r\u00e9pondant \u00e0 une lacune ou \u00e0 une crise, et il faut conna\u00eetre ces lois fondatrices pour saisir la logique de l&rsquo;ensemble. Les praticiens parlent couramment de \u00ab loi Scrivener \u00bb ou de \u00ab loi Lemoine \u00bb pour d\u00e9signer des dispositifs aujourd&rsquo;hui refondus dans le Code de la consommation.<\/p>\n<h3>Les lois fondatrices : Scrivener, Neiertz, Lagarde, Lemoine<\/h3>\n<p>La <strong>loi n\u00b0 79-596 du 13 juillet 1979<\/strong>, dite \u00ab loi Scrivener II \u00bb, a pos\u00e9 les bases du r\u00e9gime protecteur. Elle a invent\u00e9, pour les pr\u00eats immobiliers aux particuliers, l&rsquo;obligation d&rsquo;une offre pr\u00e9alable \u00e9crite, le d\u00e9lai de r\u00e9flexion incompressible de dix jours, l&rsquo;interd\u00e9pendance juridique entre le contrat de pr\u00eat et l&rsquo;op\u00e9ration immobili\u00e8re qu&rsquo;il finance, et les sanctions civiles en cas d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 formelle. L&rsquo;essentiel de ce qu&rsquo;on trouve aujourd&rsquo;hui aux articles L. 313-1 et suivants du Code de la consommation d\u00e9coule de cette loi \u2014 la num\u00e9rotation a chang\u00e9, la philosophie non.<\/p>\n<p>La <strong>law no. 89-1010 of 31 December 1989<\/strong>, dite \u00ab loi Neiertz \u00bb, a institu\u00e9 la proc\u00e9dure de traitement du surendettement des particuliers, aujourd&rsquo;hui codifi\u00e9e aux articles L. 711-1 et suivants du Code de la consommation. Elle a introduit l&rsquo;id\u00e9e, alors r\u00e9volutionnaire, qu&rsquo;un d\u00e9biteur de bonne foi \u00e9cras\u00e9 par ses dettes pouvait demander \u00e0 une commission publique d&rsquo;imposer un plan \u00e0 ses cr\u00e9anciers. Les plans de surendettement actuels \u2014 dont la valeur pratique est consid\u00e9rable dans la d\u00e9faillance du cr\u00e9dit immobilier \u2014 en sont les h\u00e9ritiers directs.<\/p>\n<p>La <strong>law no. 2010-737 of 1 July 2010<\/strong>, dite \u00ab loi Lagarde \u00bb, a ouvert la possibilit\u00e9 pour l&#8217;emprunteur de choisir librement son assureur emprunteur, en interdisant au pr\u00eateur de lui imposer un contrat de groupe d\u00e8s lors que les garanties du contrat alternatif sont \u00e9quivalentes. La <strong>loi n\u00b0 2014-344 du 17 mars 2014<\/strong>, dite \u00ab loi Hamon \u00bb, a \u00e9tendu cette libert\u00e9 \u00e0 la r\u00e9siliation annuelle dans les douze premiers mois. L&rsquo;<strong>amendement Bourquin<\/strong> de 2017 l&rsquo;a prolong\u00e9e \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance annuelle. Et la <strong>loi n\u00b0 2022-270 du 28 f\u00e9vrier 2022<\/strong>, dite \u00ab loi Lemoine \u00bb, a consacr\u00e9 la r\u00e9siliation \u00e0 tout moment, sans frais ni p\u00e9nalit\u00e9s, pour tous les contrats d&rsquo;assurance emprunteur adoss\u00e9s \u00e0 un pr\u00eat immobilier (article L. 113-12-2 du Code des assurances).<\/p>\n<h3>L&rsquo;ordonnance du 25 mars 2016 et la directive MCD<\/h3>\n<p>La refonte la plus importante est celle op\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;<strong>ordonnance n\u00b0 2016-351 du 25 mars 2016<\/strong>, entr\u00e9e en vigueur le 1er octobre 2016, qui transpose la directive 2014\/17\/UE du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 4 f\u00e9vrier 2014. Cette directive a harmonis\u00e9 au niveau europ\u00e9en les r\u00e8gles protectrices applicables aux pr\u00eats immobiliers aux consommateurs, et impos\u00e9 trois avanc\u00e9es majeures : l&rsquo;obligation de d\u00e9livrer avant la conclusion du contrat une <em>european standardised information sheet<\/em> (FISE), l&rsquo;obligation pour le pr\u00eateur d&rsquo;\u00e9valuer rigoureusement la solvabilit\u00e9 de l&#8217;emprunteur, et un statut unifi\u00e9 des interm\u00e9diaires de cr\u00e9dit immobilier.<\/p>\n<p>En droit interne, l&rsquo;ordonnance a restructur\u00e9 le chapitre III du titre Ier du livre III du Code de la consommation. Les anciens articles L. 312-1 et suivants sont devenus les articles <strong>L. 313-1 et suivants<\/strong>. Les pr\u00eats conclus avant le 1er octobre 2016 restent r\u00e9gis par l&rsquo;ancienne r\u00e9daction du Code, ce qui cr\u00e9e une application en droit transitoire : un praticien qui conteste aujourd&rsquo;hui un contrat de pr\u00eat sign\u00e9 en 2014 travaille sur une version du Code qui n&rsquo;existe plus dans sa num\u00e9rotation actuelle. Cette double num\u00e9rotation est un pi\u00e8ge classique pour les conclusions, et il faut toujours v\u00e9rifier la date du contrat avant de citer un texte.<\/p>\n<aside class=\"encadre\">\n<div class=\"encadre-title\">\u00c0 retenir \u2014 Deux r\u00e9gimes, une date-cl\u00e9<\/div>\n<p>Pour les contrats conclus avant le 1er octobre 2016, on applique l&rsquo;ancien Code de la consommation (articles L. 312-1 et s. ancienne r\u00e9daction). Pour les contrats conclus \u00e0 compter du 1er octobre 2016, on applique le nouveau Code (articles L. 313-1 et s.). V\u00e9rifier syst\u00e9matiquement la date de l&rsquo;offre de pr\u00eat avant toute r\u00e9daction contentieuse.<\/p>\n<\/aside>\n<h2 id=\"champ\">Le champ d&rsquo;application : ce que la loi prot\u00e8ge<\/h2>\n<p>Les r\u00e8gles protectrices du cr\u00e9dit immobilier ne s&rsquo;appliquent pas \u00e0 tous les pr\u00eats garantis par un bien immobilier. Elles s&rsquo;appliquent \u00e0 une cat\u00e9gorie bien pr\u00e9cise de contrats, d\u00e9finie \u00e0 l&rsquo;<strong>article L. 313-1 du Code de la consommation<\/strong>. Le contentieux le plus fr\u00e9quent, en pratique, porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point : tel pr\u00eat rel\u00e8ve-t-il du r\u00e9gime protecteur, ou non ? La r\u00e9ponse conditionne tout le reste.<\/p>\n<h3>Le crit\u00e8re central : l&rsquo;usage d&rsquo;habitation<\/h3>\n<p>L&rsquo;article L. 313-1 pose que les dispositions du chapitre s&rsquo;appliquent aux contrats de cr\u00e9dit destin\u00e9s \u00e0 financer, notamment, l&rsquo;acquisition ou la conservation de droits de propri\u00e9t\u00e9 sur un <strong>immeuble \u00e0 usage d&rsquo;habitation<\/strong> ou \u00e0 usage professionnel et d&rsquo;habitation, ainsi que la souscription ou l&rsquo;achat de parts ou actions de soci\u00e9t\u00e9s donnant vocation \u00e0 l&rsquo;attribution en propri\u00e9t\u00e9 ou en jouissance d&rsquo;un tel immeuble. Sont \u00e9galement vis\u00e9s les travaux de r\u00e9paration, d&rsquo;am\u00e9lioration ou d&rsquo;entretien d&rsquo;un immeuble \u00e0 usage d&rsquo;habitation, pour un montant sup\u00e9rieur \u00e0 75 000 euros.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re est donc double : la destination du financement (un bien \u00e0 usage d&rsquo;habitation, m\u00eame mixte) et la finalit\u00e9 du cr\u00e9dit (acquisition, conservation, travaux au-del\u00e0 du seuil). Un pr\u00eat destin\u00e9 \u00e0 financer un local commercial pur n&rsquo;entre pas dans le r\u00e9gime. Un pr\u00eat destin\u00e9 \u00e0 financer un immeuble mixte habitation-profession y entre. Et un pr\u00eat destin\u00e9 \u00e0 financer des travaux dans une r\u00e9sidence principale ne bascule dans le r\u00e9gime protecteur qu&rsquo;au-del\u00e0 de 75 000 euros \u2014 en de\u00e7\u00e0, on applique le r\u00e9gime du cr\u00e9dit \u00e0 la consommation (articles L. 312-1 et s.).<\/p>\n<h3>L&rsquo;exclusion des emprunteurs professionnels<\/h3>\n<p>Le r\u00e9gime prot\u00e8ge le <em>consumer<\/em> or the <em>non-professionnel<\/em> qui contracte pour un usage \u00e9tranger \u00e0 son activit\u00e9. Il ne s&rsquo;applique pas aux personnes morales agissant dans le cadre de leur activit\u00e9 \u00e9conomique, ni aux personnes physiques empruntant \u00e0 des fins strictement professionnelles. Cette exclusion est d&rsquo;ordre public : un banquier ne peut pas, par clause contractuelle, \u00e9tendre le b\u00e9n\u00e9fice des r\u00e8gles protectrices \u00e0 un professionnel \u2014 mais il ne peut pas non plus en \u00e9vincer un consommateur.<\/p>\n<p>La jurisprudence v\u00e9rifie concr\u00e8tement la qualit\u00e9 de l&#8217;emprunteur. Un particulier qui acquiert un immeuble de rapport pour le louer conserve en principe la qualit\u00e9 de non-professionnel ; un particulier qui acquiert un immeuble dans le cadre d&rsquo;une activit\u00e9 habituelle de marchand de biens bascule dans le r\u00e9gime professionnel. La fronti\u00e8re se joue sur la r\u00e9gularit\u00e9 de l&rsquo;op\u00e9ration, pas sur son montant.<\/p>\n<h2 id=\"information\">L&rsquo;information pr\u00e9contractuelle : FISE, TAEG, mise en garde<\/h2>\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 que le r\u00e9gime protecteur est le plus contraignant, et c&rsquo;est l\u00e0 que se joue une part importante du contentieux bancaire. Avant m\u00eame d&rsquo;\u00e9mettre une offre, le pr\u00eateur est tenu de d\u00e9livrer \u00e0 l&#8217;emprunteur une information compl\u00e8te, normalis\u00e9e et comparable. L&rsquo;objectif affich\u00e9 par le l\u00e9gislateur europ\u00e9en est de permettre la mise en concurrence effective des \u00e9tablissements pr\u00eateurs sur un march\u00e9 jusque-l\u00e0 opaque.<\/p>\n<h3>La fiche d&rsquo;information standardis\u00e9e europ\u00e9enne (FISE)<\/h3>\n<p>Pi\u00e8ce ma\u00eetresse du dispositif issu de la directive MCD, la <strong>european standardised information sheet<\/strong> (FISE), pr\u00e9vue \u00e0 l&rsquo;article L. 313-7 du Code de la consommation, doit \u00eatre remise \u00e0 l&#8217;emprunteur sur support papier ou sur un autre support durable, en temps utile et au plus tard lors de l&rsquo;\u00e9mission de l&rsquo;offre de pr\u00eat. Son contenu est strictement normalis\u00e9 par un mod\u00e8le europ\u00e9en : identit\u00e9 du pr\u00eateur, caract\u00e9ristiques du pr\u00eat, TAEG, co\u00fbt total du cr\u00e9dit, tableau d&rsquo;amortissement simplifi\u00e9, mentions relatives \u00e0 l&rsquo;assurance, s\u00fbret\u00e9s exig\u00e9es, possibilit\u00e9 de remboursement anticip\u00e9. L&#8217;emprunteur doit recevoir ce document avant tout engagement de sa part.<\/p>\n<p>La FISE n&rsquo;est pas qu&rsquo;une formalit\u00e9 administrative. Elle constitue l&rsquo;instrument de preuve de l&rsquo;obligation pr\u00e9contractuelle d&rsquo;information et, dans le contentieux, elle sert d&rsquo;\u00e9talon : l&rsquo;\u00e9cart entre ce qui a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 dans la FISE et ce qui figure dans le contrat peut fonder une action en responsabilit\u00e9 contre le pr\u00eateur.<\/p>\n<h3>Le taux annuel effectif global (TAEG)<\/h3>\n<p>Le <strong>APR<\/strong> (ancien TEG pour les contrats ant\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;ordonnance de 2016) est le co\u00fbt r\u00e9el du cr\u00e9dit exprim\u00e9 en pourcentage annuel. Pr\u00e9vu aux articles L. 314-1 \u00e0 L. 314-5 du Code de la consommation, il doit int\u00e9grer l&rsquo;ensemble des frais dont le paiement conditionne l&rsquo;octroi du pr\u00eat : int\u00e9r\u00eats, frais de dossier, co\u00fbt de l&rsquo;assurance emprunteur lorsqu&rsquo;elle est exig\u00e9e par le pr\u00eateur, frais de garantie, frais d&rsquo;\u00e9valuation du bien. Il doit \u00eatre calcul\u00e9 selon une m\u00e9thode normative actuarielle pr\u00e9cis\u00e9e par les textes europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>L&rsquo;inexactitude du TAEG est l&rsquo;un des griefs les plus fr\u00e9quents en contentieux bancaire. Mais la jurisprudence, depuis plusieurs ann\u00e9es, en encadre strictement les sanctions. La Cour de cassation exige d\u00e9sormais que l&#8217;emprunteur d\u00e9montre que l&rsquo;erreur commise par la banque lui est <em>d\u00e9favorable<\/em> et qu&rsquo;elle atteint une certaine ampleur. La sanction n&rsquo;est plus automatique : selon l&rsquo;article L. 341-25 du Code de la consommation, elle peut consister en la d\u00e9ch\u00e9ance du droit aux int\u00e9r\u00eats, dans la proportion fix\u00e9e par le juge au regard du pr\u00e9judice subi. Cette proportionnalisation, issue de la jurisprudence europ\u00e9enne, a consid\u00e9rablement r\u00e9duit l&rsquo;int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique de ce grief pour l&#8217;emprunteur. Notre <a href=\"\/en\/guide-droit-du-credit\/overall-effective-rate\/\">guide d\u00e9di\u00e9 au TAEG<\/a> d\u00e9taille la m\u00e9thode de calcul et les marges d&rsquo;erreur admises par la jurisprudence.<\/p>\n<h3>Le devoir de mise en garde du banquier<\/h3>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des obligations l\u00e9gales d&rsquo;information, la jurisprudence a consacr\u00e9 un <strong>duty to warn<\/strong> pesant sur le banquier dispensateur de cr\u00e9dit. Pos\u00e9 par la Cour de cassation depuis les arr\u00eats du 12 juillet 2005 (Cass. ch. mixte, 29 juin 2007, n\u00b0 05-21.104 et n\u00b0 06-11.673), ce devoir impose \u00e0 la banque, <em>lorsque son client est un emprunteur profane<\/em>, d&rsquo;\u00e9valuer la compatibilit\u00e9 de l&rsquo;engagement envisag\u00e9 avec sa situation financi\u00e8re et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de le mettre en garde contre un risque d&rsquo;endettement n\u00e9 de l&rsquo;octroi du pr\u00eat.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de ce devoir est aujourd&rsquo;hui bien \u00e9tabli. Il ne s&rsquo;applique qu&rsquo;\u00e0 l&#8217;emprunteur profane \u2014 celui qui, par ses connaissances et son exp\u00e9rience, n&rsquo;est pas en mesure d&rsquo;appr\u00e9cier seul la port\u00e9e de son engagement. Il ne s&rsquo;applique pas \u00e0 l&#8217;emprunteur averti. Son inex\u00e9cution n&rsquo;ouvre pas droit \u00e0 la lib\u00e9ration du d\u00e9biteur : elle ouvre droit \u00e0 une indemnisation, qui prend la forme d&rsquo;une perte de chance \u2014 la chance de ne pas contracter dans ces conditions. La 1re chambre civile rappelle r\u00e9guli\u00e8rement que le montant de cette indemnisation ne peut pas \u00eatre \u00e9gal au capital emprunt\u00e9 ; il est calibr\u00e9 sur la probabilit\u00e9 que l&#8217;emprunteur ait renonc\u00e9 au pr\u00eat s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 correctement averti.<\/p>\n<p>En pratique, ce devoir trouve un champ d&rsquo;application particulier dans les pr\u00eats libell\u00e9s en devises \u00e9trang\u00e8res \u2014 litiges qui ont aliment\u00e9 depuis dix ans un contentieux nourri, notamment dans les dossiers Helvet Immo et assimil\u00e9s. La charge de la preuve du caract\u00e8re averti de l&#8217;emprunteur p\u00e8se sur la banque.<\/p>\n<h2 id=\"offre\">L&rsquo;offre de pr\u00eat et la formation du contrat<\/h2>\n<p>Une fois l&rsquo;information pr\u00e9contractuelle d\u00e9livr\u00e9e, le pr\u00eateur doit soumettre \u00e0 l&#8217;emprunteur une <em>offer<\/em> \u00e9crite. C&rsquo;est cette offre, et son acceptation formelle apr\u00e8s d\u00e9lai de r\u00e9flexion, qui forment le contrat. Le droit du cr\u00e9dit immobilier adopte ici une logique singuli\u00e8re : la rencontre des volont\u00e9s est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ralentie, le temps qu&rsquo;impose le l\u00e9gislateur \u00e9tant con\u00e7u comme une protection contre l&rsquo;engagement h\u00e2tif.<\/p>\n<h3>Le contenu obligatoire de l&rsquo;offre<\/h3>\n<p>L&rsquo;article L. 313-25 du Code de la consommation fixe le contenu obligatoire de l&rsquo;offre de pr\u00eat. Doivent y figurer : l&rsquo;identit\u00e9 des parties, la nature du pr\u00eat, son objet, ses modalit\u00e9s (notamment le taux et le co\u00fbt total du cr\u00e9dit), les garanties exig\u00e9es, les conditions de transfert du pr\u00eat \u00e0 un tiers, un tableau d&rsquo;amortissement pour les pr\u00eats \u00e0 taux fixe, les mentions relatives \u00e0 l&rsquo;assurance, et \u2014 point crucial \u2014 le co\u00fbt total du cr\u00e9dit assur\u00e9 lorsque le pr\u00eateur a impos\u00e9 une assurance. L&rsquo;offre doit \u00eatre \u00e9mise <strong>sur support papier ou sur un autre support durable<\/strong>, adress\u00e9e gratuitement par la voie postale ou remise en main propre contre r\u00e9c\u00e9piss\u00e9.<\/p>\n<p>Toute irr\u00e9gularit\u00e9 substantielle de l&rsquo;offre peut, selon sa nature, entra\u00eener la <strong>forfeiture of interest<\/strong> (article L. 341-25) ou la nullit\u00e9 du contrat. La jurisprudence distingue ici les irr\u00e9gularit\u00e9s simples \u2014 qui ouvrent une d\u00e9ch\u00e9ance proportionn\u00e9e \u2014 des irr\u00e9gularit\u00e9s majeures comme l&rsquo;acceptation pr\u00e9matur\u00e9e, qui ouvrent une action en nullit\u00e9. Le d\u00e9lai de prescription de ces actions est celui de droit commun, avec les am\u00e9nagements issus de la jurisprudence communautaire sur le point de d\u00e9part glissant (Cass. 1re civ., 11 janvier 2023, n\u00b0 20-20.935 : le point de d\u00e9part court \u00e0 compter de la date o\u00f9 l&#8217;emprunteur a connu ou aurait d\u00fb conna\u00eetre le vice).<\/p>\n<h3>Le d\u00e9lai de r\u00e9flexion incompressible de dix jours<\/h3>\n<p>La r\u00e8gle est pos\u00e9e par l&rsquo;article <strong>L. 313-34 du Code de la consommation<\/strong> : l&#8217;emprunteur ne peut accepter l&rsquo;offre qu&rsquo;<em>\u00e0 l&rsquo;expiration d&rsquo;un d\u00e9lai de dix jours<\/em> \u00e0 compter de sa r\u00e9ception. Le d\u00e9lai est <em>incompressible<\/em> : aucune clause, aucune man\u0153uvre, aucun consentement anticip\u00e9 de l&#8217;emprunteur ne peut en abr\u00e9ger la dur\u00e9e. Toute acceptation ant\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;expiration du dixi\u00e8me jour est nulle, et cette nullit\u00e9 peut \u00eatre oppos\u00e9e pendant plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la signature.<\/p>\n<p>La computation du d\u00e9lai ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles pr\u00e9cises : le jour de la r\u00e9ception ne compte pas (jour <em>dies a quo<\/em>), le dixi\u00e8me jour est enti\u00e8rement comptabilis\u00e9, l&rsquo;acceptation n&rsquo;est valable qu&rsquo;\u00e0 compter du onzi\u00e8me jour. L&rsquo;anciennet\u00e9 de cette r\u00e8gle (elle remonte \u00e0 la loi Scrivener de 1979) ne l&rsquo;a pas us\u00e9e : elle reste un pivot du contentieux, et la Cour de cassation en contr\u00f4le rigoureusement l&rsquo;application.<\/p>\n<aside class=\"encadre\">\n<div class=\"encadre-title\">Article L. 313-34 of the Consumer Code<\/div>\n<p>\u00ab L&#8217;emprunteur ne peut accepter l&rsquo;offre qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;expiration d&rsquo;un d\u00e9lai de dix jours \u00e0 compter de sa r\u00e9ception. L&rsquo;acceptation est donn\u00e9e par \u00e9crit, par voie postale ou par tout autre moyen convenu entre les parties, permettant de d\u00e9terminer de fa\u00e7on certaine la date \u00e0 laquelle elle est intervenue. \u00bb<\/p>\n<\/aside>\n<h3>The suspensive condition of obtaining the loan<\/h3>\n<p>Le contrat de cr\u00e9dit immobilier n&rsquo;est pas un contrat isol\u00e9 : il finance une op\u00e9ration immobili\u00e8re qui lui est juridiquement li\u00e9e. Cette liaison prend la forme d&rsquo;une <strong>condition suspensive d&rsquo;ordre public<\/strong> pr\u00e9vue \u00e0 l&rsquo;article <strong>L. 313-41 du Code de la consommation<\/strong> : tout acte \u00e9crit ayant pour objet de constater l&rsquo;une des op\u00e9rations financ\u00e9es par un pr\u00eat (acquisition, construction, travaux sup\u00e9rieurs \u00e0 75 000 euros) doit indiquer si le prix est pay\u00e9 directement ou indirectement, m\u00eame partiellement, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un pr\u00eat. S&rsquo;il est pay\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un pr\u00eat, l&rsquo;acte doit mentionner express\u00e9ment l&rsquo;existence de la condition suspensive. Le d\u00e9lai pendant lequel l&#8217;emprunteur doit obtenir le pr\u00eat ne peut \u00eatre inf\u00e9rieur \u00e0 un mois \u00e0 compter de la signature de l&rsquo;acte.<\/p>\n<p>Si le pr\u00eat n&rsquo;est pas obtenu dans le d\u00e9lai pr\u00e9vu, l&rsquo;acqu\u00e9reur est d\u00e9li\u00e9 sans indemnit\u00e9. Toutes les sommes vers\u00e9es (d\u00e9p\u00f4t de garantie notamment) doivent lui \u00eatre restitu\u00e9es. La condition suspensive est <em>public policy<\/em> : elle est r\u00e9put\u00e9e non \u00e9crite si l&rsquo;acte tente d&rsquo;y d\u00e9roger, et l&rsquo;acqu\u00e9reur ne peut pas y renoncer a priori. La clause de renonciation manuscrite \u2014 par laquelle l&rsquo;acqu\u00e9reur d\u00e9clare se passer de la condition \u2014 n&rsquo;est admise que dans des conditions tr\u00e8s strictes (mention manuscrite, avertissement formel du notaire, preuve d&rsquo;une information compl\u00e8te sur les cons\u00e9quences).<\/p>\n<h2 id=\"execution\">L&rsquo;ex\u00e9cution du contrat<\/h2>\n<p>Une fois le contrat form\u00e9, le droit du cr\u00e9dit immobilier ne cesse pas de prot\u00e9ger l&#8217;emprunteur : l&rsquo;ex\u00e9cution du pr\u00eat, qui s&rsquo;\u00e9tale souvent sur plusieurs d\u00e9cennies, reste encadr\u00e9e par des r\u00e8gles imp\u00e9ratives. Trois sujets dominent le contentieux : le remboursement anticip\u00e9, l&rsquo;assurance emprunteur, et la ren\u00e9gociation.<\/p>\n<h3>Le remboursement anticip\u00e9<\/h3>\n<p>L&#8217;emprunteur peut toujours rembourser son pr\u00eat par anticipation, en tout ou partie. Ce droit est d&rsquo;ordre public (article L. 313-47 du Code de la consommation). Toutefois, le pr\u00eateur peut exiger une indemnit\u00e9, strictement plafonn\u00e9e par l&rsquo;article R. 313-25 : le montant de cette indemnit\u00e9 ne peut d\u00e9passer la valeur d&rsquo;un semestre d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur le capital rembours\u00e9 au taux moyen du pr\u00eat, sans pouvoir exc\u00e9der 3 % du capital restant d\u00fb avant le remboursement. Aucune clause ne peut s&rsquo;affranchir de ce plafond. En revanche, la loi autorise les clauses interdisant les remboursements inf\u00e9rieurs \u00e0 10 % du montant initial du pr\u00eat, sauf si ce remboursement en solde le reliquat.<\/p>\n<p>Attention : ce r\u00e9gime concerne exclusivement les pr\u00eats relevant de l&rsquo;article L. 313-1. Un pr\u00eat immobilier consenti \u00e0 un professionnel n&rsquo;est pas soumis \u00e0 ce plafond, et la clause de remboursement anticip\u00e9 peut alors \u00eatre sensiblement plus on\u00e9reuse.<\/p>\n<h3>L&rsquo;assurance emprunteur : Lagarde, Hamon, Lemoine<\/h3>\n<p>L&rsquo;assurance emprunteur repr\u00e9sente souvent plus de 25 % du co\u00fbt total d&rsquo;un cr\u00e9dit immobilier. Le l\u00e9gislateur a, depuis 2010, progressivement lib\u00e9ralis\u00e9 sa souscription et sa r\u00e9siliation pour rendre ce march\u00e9 concurrentiel. La <strong>loi Lagarde<\/strong> (2010) a ouvert la d\u00e9l\u00e9gation d&rsquo;assurance : l&#8217;emprunteur peut substituer au contrat de groupe propos\u00e9 par la banque un contrat alternatif offrant des garanties \u00e9quivalentes, et la banque ne peut refuser cette substitution pour un autre motif. La <strong>loi Hamon<\/strong> (2014) a \u00e9tendu cette libert\u00e9 \u00e0 la r\u00e9siliation dans les douze premiers mois. L&rsquo;<strong>amendement Bourquin<\/strong> (2017) l&rsquo;a prolong\u00e9e \u00e0 chaque \u00e9ch\u00e9ance annuelle. La <strong>loi Lemoine<\/strong> (2022) a franchi la derni\u00e8re \u00e9tape : r\u00e9siliation \u00e0 tout moment, sans frais ni p\u00e9nalit\u00e9s, pendant toute la dur\u00e9e du contrat (article L. 113-12-2 du Code des assurances).<\/p>\n<p>La loi Lemoine a \u00e9galement supprim\u00e9, pour les pr\u00eats inf\u00e9rieurs \u00e0 200 000 euros et rembours\u00e9s avant le soixanti\u00e8me anniversaire de l&#8217;emprunteur, l&rsquo;obligation de questionnaire m\u00e9dical \u2014 avanc\u00e9e majeure pour les personnes atteintes de pathologies chroniques. Ces dispositions s&rsquo;appliquent aux contrats en cours. Notre <a href=\"\/en\/guide-droit-du-credit\/assurance-emprunteur\/\">guide assurance emprunteur<\/a> d\u00e9taille l&rsquo;articulation de ces lois et les conditions pratiques de la substitution.<\/p>\n<h3>La ren\u00e9gociation et l&rsquo;avenant<\/h3>\n<p>Lorsque les taux de march\u00e9 baissent sensiblement, l&#8217;emprunteur peut ren\u00e9gocier son pr\u00eat avec le pr\u00eateur initial. Cette ren\u00e9gociation ne donne pas naissance \u00e0 un nouveau contrat : elle prend la forme d&rsquo;un <strong>avenant<\/strong> au contrat de cr\u00e9dit initial, qui en modifie uniquement certains param\u00e8tres (taux, dur\u00e9e). L&rsquo;article L. 313-39 du Code de la consommation encadre cette op\u00e9ration et impose que l&rsquo;avenant comporte un tableau d&rsquo;amortissement modifi\u00e9 ainsi que les informations relatives au TAEG et au co\u00fbt total du cr\u00e9dit sur la dur\u00e9e restant \u00e0 courir. L&#8217;emprunteur dispose d&rsquo;un d\u00e9lai de r\u00e9flexion de dix jours avant d&rsquo;accepter l&rsquo;avenant.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut d&rsquo;accord sur un avenant, l&#8217;emprunteur peut \u00e9galement proc\u00e9der au <em>rachat de cr\u00e9dit<\/em> : contracter un nouveau pr\u00eat aupr\u00e8s d&rsquo;un autre \u00e9tablissement, aux conditions de march\u00e9, et rembourser par anticipation le pr\u00eat initial. C&rsquo;est juridiquement une op\u00e9ration autonome, qui rel\u00e8ve \u00e0 nouveau de tout le formalisme du cr\u00e9dit immobilier (FISE, offre, d\u00e9lai de dix jours, etc.). Pour le dire simplement : un rachat de cr\u00e9dit est un cr\u00e9dit neuf, pas un transfert.<\/p>\n<h2 id=\"defaillance\">La d\u00e9faillance de l&#8217;emprunteur<\/h2>\n<p>Le contentieux pratique du cr\u00e9dit immobilier na\u00eet rarement \u00e0 la signature. Il na\u00eet presque toujours \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un incident de paiement qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. \u00c0 ce stade, l&#8217;emprunteur ne subit pas une simple exigence contractuelle : il rencontre un dispositif l\u00e9gal structur\u00e9 autour de la d\u00e9ch\u00e9ance du terme, des sanctions civiles et, en arri\u00e8re-plan, de la proc\u00e9dure de surendettement.<\/p>\n<h3>La d\u00e9ch\u00e9ance du terme<\/h3>\n<p>La <strong>forfeiture of term<\/strong> est le m\u00e9canisme par lequel le pr\u00eateur, en cas de d\u00e9faillance de l&#8217;emprunteur, peut exiger le paiement imm\u00e9diat de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du capital restant d\u00fb, alors que ce capital \u00e9tait normalement exigible par \u00e9ch\u00e9ances \u00e9tal\u00e9es dans le temps. C&rsquo;est l&rsquo;acte d\u00e9cisif du contentieux du recouvrement : une fois la d\u00e9ch\u00e9ance du terme prononc\u00e9e, le pr\u00eateur dispose d&rsquo;un titre de cr\u00e9ance exigible qui lui permet de passer aux voies d&rsquo;ex\u00e9cution \u2014 saisie immobili\u00e8re, saisie-attribution, commandement de payer valant saisie.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre valable, la d\u00e9ch\u00e9ance du terme doit ob\u00e9ir \u00e0 plusieurs conditions. D&rsquo;abord, le contrat doit comporter une clause qui la pr\u00e9voit express\u00e9ment. Ensuite, les conditions de la clause doivent \u00eatre effectivement r\u00e9unies \u2014 ce qui, en pratique, suppose une d\u00e9faillance caract\u00e9ris\u00e9e de l&#8217;emprunteur. Enfin, la jurisprudence r\u00e9cente exige que le pr\u00eateur adresse \u00e0 l&#8217;emprunteur une <em>prior formal notice<\/em> respectant un certain formalisme, avant de prononcer la d\u00e9ch\u00e9ance (Cass. 1re civ., 22 mars 2023, n\u00b0 21-16.044 : la mise en demeure doit mentionner pr\u00e9cis\u00e9ment ce que l&#8217;emprunteur doit faire pour \u00e9viter la d\u00e9ch\u00e9ance, et le d\u00e9lai dont il dispose).<\/p>\n<p>La contestation de la d\u00e9ch\u00e9ance du terme est un levier proc\u00e9dural puissant pour l&#8217;emprunteur. Si la mise en demeure est d\u00e9faillante, si la clause est jug\u00e9e abusive, ou si les conditions factuelles ne sont pas caract\u00e9ris\u00e9es, le juge peut priver la banque de l&rsquo;effet de la d\u00e9ch\u00e9ance \u2014 ce qui la renvoie au recouvrement ordinaire, \u00e9ch\u00e9ance par \u00e9ch\u00e9ance. Notre <a href=\"\/en\/guide-droit-du-credit\/expiry-of-term\/\">guide sur la d\u00e9ch\u00e9ance du terme<\/a> expose en d\u00e9tail ce contentieux.<\/p>\n<h3>Les sanctions civiles en cas d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9<\/h3>\n<p>Lorsque le contentieux se noue, l&#8217;emprunteur peut opposer au pr\u00eateur les irr\u00e9gularit\u00e9s qui entachent le contrat. La sanction-reine, dans le contentieux du cr\u00e9dit immobilier, est la <strong>forfeiture of interest<\/strong> pr\u00e9vue \u00e0 l&rsquo;article L. 341-25 du Code de la consommation. Elle prive le pr\u00eateur du droit de percevoir les int\u00e9r\u00eats contractuels \u2014 les sommes d\u00e9j\u00e0 per\u00e7ues devant lui \u00eatre restitu\u00e9es. Elle frappe notamment le d\u00e9faut de FISE, l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 du TAEG, l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 de l&rsquo;offre, ou le non-respect du d\u00e9lai de dix jours.<\/p>\n<p>La jurisprudence r\u00e9cente, sous l&rsquo;influence du droit europ\u00e9en, a fait \u00e9voluer cette sanction d&rsquo;une logique automatique vers une logique de proportionnalit\u00e9. Depuis les arr\u00eats de la Cour de cassation de 2020 (Cass. 1re civ., 10 juin 2020, n\u00b0 18-24.287), le juge calibre la d\u00e9ch\u00e9ance en fonction de la gravit\u00e9 de l&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 et du pr\u00e9judice r\u00e9el subi par l&#8217;emprunteur. Ce calibrage est une arme \u00e0 double tranchant : il \u00e9vite les effets couperets, mais il r\u00e9duit la pr\u00e9visibilit\u00e9 de la sanction et l&rsquo;effet dissuasif \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du pr\u00eateur.<\/p>\n<h3>Dealing with over-indebtedness<\/h3>\n<p>Lorsque la d\u00e9faillance s&rsquo;inscrit dans un ensemble plus large \u2014 incapacit\u00e9 manifeste \u00e0 faire face au passif exigible \u2014, l&#8217;emprunteur peut saisir la commission de surendettement des particuliers de la Banque de France (articles L. 711-1 et suivants du Code de la consommation). Apr\u00e8s examen de la recevabilit\u00e9, la commission peut imposer au cr\u00e9ancier un <em>plan de traitement<\/em> : r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette, suspension des int\u00e9r\u00eats, voire effacement partiel en cas de r\u00e9tablissement personnel. Pour l&#8217;emprunteur immobilier, le plan de surendettement peut prot\u00e9ger le logement principal, en imposant \u00e0 la banque la suspension temporaire des mensualit\u00e9s ou le maintien du contrat malgr\u00e9 la d\u00e9ch\u00e9ance du terme.<\/p>\n<p>Le contentieux bancaire et le contentieux du surendettement coexistent : une saisine de la commission ne prive pas le juge de l&rsquo;ex\u00e9cution de ses attributions, mais elle peut suspendre les mesures d&rsquo;ex\u00e9cution en cours. Notre <a href=\"\/en\/guide-droit-du-credit\/over-indebtedness\/\">over-indebtedness guide<\/a> d\u00e9taille l&rsquo;articulation des deux proc\u00e9dures.<\/p>\n<h2 id=\"articulation\">Articulation avec les autres domaines<\/h2>\n<p>Le cr\u00e9dit immobilier est un n\u0153ud o\u00f9 se rencontrent plusieurs branches du droit. Un dossier bien tenu suppose de ma\u00eetriser leurs interactions.<\/p>\n<p>With the <strong>droit des s\u00fbret\u00e9s<\/strong> d&rsquo;abord : un pr\u00eat immobilier est presque toujours garanti par une s\u00fbret\u00e9, hypoth\u00e8que ou caution. Le choix entre ces deux modes de garantie n&rsquo;est pas neutre \u2014 l&rsquo;hypoth\u00e8que engage un bien immobilier, la caution engage un tiers. Notre <a href=\"\/en\/guide-suretes-garanties\/mortgage\/\">guide hypoth\u00e8que<\/a> expose le r\u00e9gime de l&rsquo;une, notre <a href=\"\/en\/guide-suretes-garanties\/surety-bond\/\">bonding guide<\/a> celui de l&rsquo;autre. Les deux peuvent m\u00eame coexister sur un m\u00eame pr\u00eat.<\/p>\n<p>With the <strong>enforcement procedures<\/strong> ensuite : lorsque la d\u00e9ch\u00e9ance du terme est prononc\u00e9e et que le recouvrement amiable \u00e9choue, le pr\u00eateur engage une proc\u00e9dure de saisie \u2014 et c&rsquo;est le plus souvent la <em>foreclosure<\/em> qui frappe le bien financ\u00e9. Notre <a href=\"\/en\/guide-voies-execution\/seizure-of-property\/\">foreclosure guide<\/a> d\u00e9crit le d\u00e9roulement de cette proc\u00e9dure, de l&rsquo;assignation \u00e0 l&rsquo;adjudication.<\/p>\n<p>Avec la <strong>civil procedure<\/strong> enfin : les contestations de cr\u00e9dit immobilier se portent souvent devant le juge de l&rsquo;ex\u00e9cution pour les incidents du recouvrement, devant le tribunal judiciaire pour les actions en nullit\u00e9 ou en responsabilit\u00e9, et parfois devant le p\u00f4le social du tribunal judiciaire lorsque l&#8217;emprunteur en difficult\u00e9 saisit la commission de surendettement. Ma\u00eetriser les r\u00e8gles de comp\u00e9tence, de prescription et de proc\u00e9dure conditionne l&rsquo;efficacit\u00e9 du recours.<\/p>\n<table>\n<thead>\n<tr>\n<th>\u00c9tape du contrat<\/th>\n<th>Obligation du pr\u00eateur<\/th>\n<th>Sanction en cas d&rsquo;inex\u00e9cution<\/th>\n<th>Texte applicable<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Pre-contractual information<\/td>\n<td>Remise de la FISE<\/td>\n<td>Forfeiture of interest<\/td>\n<td>Art. L. 313-7 et L. 341-25 C. conso<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Calcul du co\u00fbt du cr\u00e9dit<\/td>\n<td>TAEG exact et complet<\/td>\n<td>D\u00e9ch\u00e9ance proportionn\u00e9e au pr\u00e9judice<\/td>\n<td>Art. L. 314-1 et L. 341-25 C. conso<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Octroi du pr\u00eat \u00e0 un profane<\/td>\n<td>Duty to warn<\/td>\n<td>Dommages-int\u00e9r\u00eats (perte de chance)<\/td>\n<td>Jurisprudence 2005-2007, art. 1240 C. civ.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9mission de l&rsquo;offre<\/td>\n<td>Offre conforme \u00e0 L. 313-25<\/td>\n<td>D\u00e9ch\u00e9ance \/ nullit\u00e9 selon gravit\u00e9<\/td>\n<td>Art. L. 313-25 et L. 341-25 C. conso<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Formation du contrat<\/td>\n<td>Respect du d\u00e9lai de dix jours<\/td>\n<td>Nullit\u00e9 de l&rsquo;acceptation<\/td>\n<td>Art. L. 313-34 C. conso<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Early repayment<\/td>\n<td>Indemnit\u00e9 plafonn\u00e9e<\/td>\n<td>Clause excessive r\u00e9put\u00e9e non \u00e9crite<\/td>\n<td>Art. L. 313-47 et R. 313-25 C. conso<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Forfeiture of term<\/td>\n<td>Mise en demeure pr\u00e9alable<\/td>\n<td>D\u00e9ch\u00e9ance inopposable<\/td>\n<td>Jurisprudence Cass. 1re civ., 22 mars 2023<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Ce tableau constitue la grille de lecture de tout contentieux du cr\u00e9dit immobilier : \u00e0 chaque \u00e9tape correspond une obligation et une sanction, et c&rsquo;est en remontant cette grille m\u00e9thodiquement qu&rsquo;un praticien identifie les leviers possibles dans un dossier concret.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cr\u00e9dit immobilier est l&rsquo;un des contrats les plus encadr\u00e9s du droit fran\u00e7ais. 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Ce guide expose, \u00e0 l&rsquo;usage d&rsquo;un confr\u00e8re ou d&rsquo;un emprunteur averti, ce qu&rsquo;il faut savoir du r\u00e9gime juridique applicable aux pr\u00eats immobiliers conclus depuis le 1er octobre 2016.<\/p>","protected":false},"author":0,"featured_media":0,"parent":18289,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"page-templates\/template-guide-enfant.php","meta":{"footnotes":""},"solent_domaine":[435,411],"class_list":["post-18358","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18358","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18358"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18358\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18359,"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18358\/revisions\/18359"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18289"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"solent_domaine","embeddable":true,"href":"https:\/\/solent-avocats.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/solent_domaine?post=18358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}