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Représentation des concepts terme échu et terme à échoir

Paiement à terme échu ou à échoir

Table des matières

Le choix entre un paiement à terme échu et un paiement à échoir structure la relation financière entre un fournisseur et son client. Loin d’être un simple détail calendaire, cette modalité définit la répartition du risque, l’équilibre de la trésorerie et les recours possibles en cas de litige. Comprendre la différence entre ces deux notions est une première étape, mais la question de leurs implications juridiques complexes est essentielle pour protéger ses transactions et anticiper les conflits. Cet article détaille ces mécanismes, leurs contextes d’application et, surtout, les stratégies de protection et de recouvrement en cas de défaillance.

Qu’est-ce que le paiement à terme échu ?

Le paiement à terme échu représente la modalité la plus courante dans les relations commerciales post-prestation. Il instaure une séquence logique où la confiance est accordée au fournisseur, qui doit d’abord remplir ses obligations avant de pouvoir exiger une contrepartie financière.

Définition et mécanisme

Le paiement à terme échu signifie que le règlement d’une prestation de service ou d’une livraison de marchandise n’est exigible qu’après sa réalisation complète. Le client paie pour un service déjà rendu ou un bien déjà reçu. Cette approche avantage le débiteur, qui a la possibilité de vérifier la conformité et la qualité de la prestation avant de s’acquitter de sa facture. Pour le créancier, cette modalité implique un décalage de trésorerie potentiellement risqué, car il supporte l’intégralité des coûts de production ou de réalisation en avance, avec le risque d’un retard de paiement ou d’un impayé. Pour une gestion approfondie des risques juridiques de paiement, il est essentiel de bien anticiper ces enjeux. Comprendre l’encadrement légal des frais de paiement est alors crucial pour le créancier.

Exemples concrets d’application

Cette pratique est généralisée dans de nombreux secteurs où la prestation doit être validée avant paiement :

  • Le salaire : C’est l’exemple le plus emblématique. Le salarié effectue son travail durant une période donnée (généralement un mois) et ne perçoit sa rémunération qu’à la fin de cette période, donc à terme échu. Ce système s’applique aussi à une pension de retraite, qui est versée après la période écoulée.
  • Les prestations de services : Un consultant, un avocat ou un artisan facture généralement ses honoraires une fois sa mission réalisée et validée par le client. Le prestataire avance donc l’ensemble des frais liés à son intervention.
  • La fourniture de marchandises entre entreprises : Une entreprise qui livre des matières premières émet une facture payable après livraison, souvent avec un délai de règlement de 30 ou 60 jours.

Comprendre le paiement à terme à échoir

Le paiement à terme à échoir inverse la logique temporelle et la répartition du risque. Il s’agit d’un paiement anticipé, exigé par le créancier pour garantir ses revenus et sa trésorerie avant même d’avoir engagé la totalité de la prestation.

Définition et principe de prépaiement

Un paiement est dit à terme à échoir, ou paiement terme à échoir, lorsqu’il doit être effectué au début de la période pour une prestation ou une jouissance à venir. Le client paie en avance pour le service ou le bien qu’il s’apprête à recevoir. Cette modalité transfère le risque sur le client, qui doit faire confiance au fournisseur pour l’exécution future de ses obligations. Pour le créancier, c’est une garantie financière puissante qui élimine le risque d’impayé et stabilise sa trésorerie, lui permettant d’avancer les fonds pour couvrir les coûts à engager pour la prestation.

Cas d’usage courants

Le paiement à échoir est privilégié dans les contrats à exécution successive ou lorsque la réservation d’un service est nécessaire :

  • Les loyers : Dans un bail de location pour un logement ou un local commercial, le paiement du loyer est presque toujours payable à échoir, c’est-à-dire en début de mois pour le mois à venir. Le propriétaire s’assure ainsi de percevoir le revenu locatif avant que l’occupation des lieux pour la nouvelle période n’ait commencé. Cette pratique se distingue du dépôt de garantie, versé à la signature du contrat pour couvrir d’éventuels manquements, et dont la restitution est conditionnée à l’état des lieux de sortie. Pour des situations plus complexes, il est important de connaître les conséquences juridiques en cas de non-paiement, notamment la déchéance du terme. La gestion de ces flux peut impliquer des spécificités des saisies sur les créances de loyer.
  • Les abonnements : Lorsqu’une personne décide de souscrire à ce type d’offre (téléphonie, internet, logiciels, assurances), le paiement est payé en début de période (le plus souvent un paiement mensuel) pour la période à venir, ce qui garantit au fournisseur une prévisibilité de ses revenus.
  • Les contrats de réservation : Dans le tourisme ou l’événementiel, le paiement d’un acompte ou de la totalité du prix est souvent exigé à la réservation pour se prémunir contre les annulations.

Tableau comparatif : Terme échu vs Terme à échoir, quelle modalité choisir ?

Le choix entre ces deux modalités de paiement dépend du secteur d’activité, de la nature de la prestation et du rapport de confiance entre les parties. Un tableau synthétique permet de visualiser les implications pour chaque acteur.

Critère Paiement à terme échu Paiement à terme à échoir
Moment du paiement Après la réalisation du service / livraison Avant la réalisation du service / jouissance
Principal avantage pour le créancier (fournisseur, bailleur) Relation de confiance établie avec le client Trésorerie sécurisée, risque d’impayé éliminé
Principal inconvénient pour le créancier Risque d’impayé, décalage de trésorerie Peut dissuader les clients méfiants
Principal avantage pour le débiteur (client, locataire) Paiement après vérification de la conformité Garantit la réservation d’un service ou d’un bien
Principal inconvénient pour le débiteur Aucun risque majeur, sauf celui d’être relancé Risque de non-livraison ou de service non conforme
Secteurs privilégiés Prestations de services, B2B, salaires Location immobilière, abonnements, assurances

Synthèse des avantages et inconvénients pour le créancier et le débiteur

Pour le créancier, le terme à échoir est une garantie de tranquillité financière, protégeant sa trésorerie et le prémunissant contre les défauts de paiement. En contrepartie, le terme échu, bien que plus risqué, peut être un argument commercial pour gagner la confiance d’un client qui paie seulement après avoir été satisfait. Le rapport de force est donc différent.

Pour le débiteur, le paiement à terme échu est la modalité la plus protectrice : il ne paie que ce qui a été correctement exécuté. Symétriquement, payer à échoir implique une avance de trésorerie et un transfert du risque. Si le fournisseur ne livre pas ou si la prestation est défaillante, le client devra engager des démarches pour obtenir un remboursement.

Implications sur le financement : le cas de l’affacturage

L’affacturage est une solution de financement qui permet à une entreprise de céder ses factures émises à une société spécialisée (le « factor ») pour obtenir une avance de trésorerie immédiate. Le choix du terme de paiement a un impact direct sur l’éligibilité des factures à ce mode de financement. Les sociétés d’affacturage privilégient quasi exclusivement les factures à terme échu, car la prestation a déjà été réalisée et la marchandise livrée. Le risque de litige commercial (non-conformité, service mal exécuté) est donc écarté, ce qui sécurise le recouvrement. Une facture à échoir, représentant une créance sur une prestation future, est jugée trop risquée et est rarement acceptée, la question de l’affacturage ne se posant que pour une prestation entièrement réalisée. L’affacturage est donc un produit financier presque exclusivement réservé aux créances à terme échu. Néanmoins, la complexité s’accroît lorsque l’on considère l’impact des procédures collectives sur les créances à terme.

Risques, litiges et recours juridiques en cas de non-paiement

Le non-paiement d’une échéance est le risque majeur des créances payables à terme. Au-delà des simples relances, le droit offre au créancier des outils puissants pour sanctionner le débiteur défaillant, à condition que le contrat ait été correctement rédigé.

La déchéance du terme : une sanction redoutable pour le débiteur

La déchéance du terme est une clause contractuelle qui constitue une sanction sévère en cas de non-respect des échéances, particulièrement utilisée dans les contrats de crédit. Lorsqu’elle est mise en œuvre, la totalité de la dette devient immédiatement exigible. Autrement dit, un seul impayé peut transformer une dette échelonnée (comme un crédit immobilier) en une dette payable comptant. Son application est soumise à des conditions strictes :

  • Une clause expresse : La déchéance du terme doit être explicitement prévue dans le contrat (prêt, bail, etc.).
  • Un manquement constaté : Le débiteur ne doit pas avoir payé une ou plusieurs échéances à la date convenue.
  • Une mise en demeure : Le créancier doit adresser au débiteur une mise en demeure de payer, restée sans effet.

Une fois ces conditions réunies, le créancier peut exiger le paiement immédiat de l’intégralité du capital restant dû, ainsi que des intérêts de retard et éventuelles pénalités. C’est un levier essentiel pour inciter au règlement ou pour engager des poursuites judiciaires sur la totalité de la créance.

Autres recours du créancier : de la mise en demeure à l’action en justice

Avant d’envisager des mesures plus contraignantes, le parcours de recouvrement classique commence par une phase amiable (relance téléphonique, courrier simple). Si celle-ci échoue, la procédure se formalise :

  1. La mise en demeure : Envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, elle constitue un préalable juridique indispensable qui fait courir les intérêts de retard à compter de sa réception à la bonne adresse.
  2. Les procédures de recouvrement simplifiées : Si la créance n’est pas sérieusement contestable, le créancier peut recourir à une procédure d’injonction de payer, plus rapide et moins coûteuse qu’un procès classique.
  3. L’assignation en paiement : Si le débiteur conteste la dette ou si les procédures simplifiées échouent, le créancier doit saisir le tribunal compétent pour obtenir un jugement de condamnation et régler le litige.

Le recouvrement forcé des créances à terme : focus sur la saisie-attribution

Lorsqu’un créancier dispose d’un titre exécutoire (un jugement, un acte notarié), il peut recourir aux voies d’exécution forcée pour obtenir le paiement. La saisie-attribution est particulièrement efficace pour les créances à exécution successive, comme les loyers ou les abonnements.

Le principe de la saisie-attribution sur les loyers et abonnements

La saisie-attribution permet à un créancier (le saisissant) de se faire payer directement par un tiers qui doit de l’argent à son propre débiteur (le tiers saisi). Dans le cas d’un loyer, le créancier d’un bailleur peut faire saisir les loyers directement entre les mains du locataire, ce qui correspond à une saisie de sa créance locative. L’huissier de justice signifie l’acte de saisie au locataire, qui aura dès lors l’obligation de verser son loyer non plus à son propriétaire, mais au créancier saisissant, jusqu’à l’apurement de la dette.

Créance en germe vs créance éventuelle : la clé de la saisissabilité des termes futurs

La particularité de la saisie-attribution sur une créance à exécution successive réside dans sa capacité à appréhender les échéances futures. Cela est possible grâce à une distinction juridique subtile mais fondamentale :

  • La créance en germe : Une créance née d’un contrat en cours d’exécution, comme un loyer issu d’un bail, est considérée comme « certaine dans son principe », même si le versement n’a pas encore eu lieu. Même si les futures mensualités ne sont pas encore exigibles, leur existence est déjà acquise. La créance est « en germe » et peut donc être saisie pour ses termes futurs.
  • La créance éventuelle : À l’inverse, une créance qui dépend d’un événement futur et incertain n’est pas saisissable. Par exemple, une commission sur une vente qui n’a pas encore eu lieu est une créance purement éventuelle.

Cette distinction justifie légalement la saisie des loyers ou des redevances d’abonnement à échoir, offrant au créancier une garantie de paiement continue sur les flux financiers futurs de son débiteur. Le dernier mot revient au juge de l’exécution en cas de contestation.

Impact des procédures collectives sur les paiements à terme

L’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire au profit du débiteur, parfois suite à un dépôt de bilan, bouleverse les règles du jeu. La priorité devient la survie de l’entreprise ou l’organisation de la répartition des actifs entre les créanciers, ce qui a des conséquences directes sur les créances à terme.

Le sort des créances à terme : déclaration et arrêt des poursuites

Le jugement d’ouverture d’une procédure collective entraîne l’arrêt immédiat des poursuites individuelles pour toutes les créances nées antérieurement à cette date. Un créancier ne peut plus engager d’action en paiement ou de saisie. Il a l’obligation de déclarer sa créance au passif de la procédure dans les délais légaux. Cette obligation s’applique même si la créance n’est pas encore échue. Le dépôt tardif de cette déclaration peut entraîner l’extinction de la créance, privant le créancier de toute chance d’être payé.

Cas spécifique des loyers et abonnements (créances postérieures)

Une distinction capitale doit être faite pour les contrats à exécution successive comme les baux ou les abonnements. Les loyers ou redevances dus pour la période postérieure au jugement d’ouverture ne sont pas traités comme des dettes antérieures. Ils sont considérés comme des « créances postérieures méritantes », nécessaires à la poursuite de l’activité de l’entreprise. À ce titre, ils bénéficient d’un traitement privilégié et doivent être payés à leur échéance normale. Si l’entreprise en difficulté ne paie pas ces loyers ou abonnements postérieurs, le bailleur ou le fournisseur peut demander la résiliation du contrat pour permettre la récupération de son bien ou l’arrêt du service, et se poser la question du dernier loyer impayé.

Conclusion : Comment sécuriser vos transactions ?

Le choix entre paiement à terme échu et à échoir est un arbitrage entre la confiance et le risque. Le terme échu protège le client, tandis que le terme à échoir sécurise le fournisseur. La meilleure solution dépend du contexte, mais des mécanismes permettent d’équilibrer la relation :

  • L’acompte : Il constitue un juste milieu, couvrant une partie des frais initiaux du fournisseur sans exiger du client un paiement intégral anticipé. Il se distingue du dépôt de garantie, qui n’est pas un paiement partiel mais une somme conservée pour couvrir des dommages futurs.
  • Les garanties : Une caution bancaire, un dépôt affecté en garantie ou une garantie à première demande peut sécuriser une créance à terme échu.
  • La clarté contractuelle : Un contrat bien rédigé, précisant les modalités de paiement, les pénalités de retard et incluant une clause de déchéance du terme, est la meilleure des protections. C’est une option à ne jamais négliger.

Face à un impayé ou à une situation complexe, la réactivité est primordiale. Qu’il s’agisse de mettre en œuvre une clause de déchéance du terme, d’envisager une saisie ou de naviguer dans les méandres d’une procédure collective, l’anticipation est la clé pour protéger ses droits et sa trésorerie. En cas de doute, il est toujours recommandé de contacter un avocat spécialisé afin de sécuriser vos transactions et d’anticiper les éventuels litiges.

Sources

  • Code civil
  • Code de commerce
  • Code des procédures civiles d’exécution

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