Lorsqu’un particulier ou un dirigeant d’entreprise sollicite un courtier en crédit, il attend de ce professionnel bien plus qu’une simple mise en relation avec une banque. Il recherche une expertise, un accompagnement et, surtout, un conseil avisé pour obtenir les meilleures conditions de financement possibles. Cette attente est encadrée par une obligation légale fondamentale : le devoir de conseil du courtier. Souvent méconnue dans ses détails, cette obligation est pourtant au cœur de la relation client et de la responsabilité de cet intermédiaire. Elle s’inscrit dans un ensemble de responsabilités qui régissent l’activité des intermédiaires en opérations de banque, comme l’expose notre guide complet des obligations des IOBSP. Comprendre l’étendue et les limites de ce devoir est essentiel pour tout emprunteur souhaitant s’assurer que ses intérêts sont correctement défendus.
Définition et fondement juridique du devoir de conseil des COBSP
Le devoir de conseil est une notion centrale qui distingue le courtier d’un simple apporteur d’affaires. Sa source se trouve dans une réglementation précise qui, bien que n’utilisant pas toujours le terme exact de « conseil », en dessine les contours de manière non équivoque pour les Courtiers en Opérations de Banque et en Services de Paiement (COBSP) et leurs mandataires.
Qu’est-ce que le devoir de conseil ?
Il est important de ne pas confondre le devoir de conseil avec deux autres obligations proches : le devoir d’information et le devoir de mise en garde. Le devoir d’information impose de fournir au client des données objectives et factuelles sur un produit ou un service. Le devoir de mise en garde, quant à lui, oblige à alerter un client non averti sur les risques d’endettement excessif liés à une opération. Le devoir de conseil va plus loin. Il s’agit d’une démarche active où le professionnel, après avoir analysé la situation et les besoins de son client, émet une opinion et formule une recommandation personnalisée. Concrètement, le conseil oriente la décision du client vers la solution jugée la plus opportune pour lui.
Le devoir de conseil dans l’activité bancaire
Historiquement, la jurisprudence a été réticente à imposer un devoir de conseil généralisé aux banquiers dispensateurs de crédit. Hormis des situations spécifiques, comme la gestion de portefeuille ou la participation à des montages de défiscalisation complexes, le banquier est principalement tenu à un devoir de mise en garde. Pour le courtier en crédit, la situation est différente. Son rôle d’intermédiaire, mandaté par le client, le place dans une position de confident et de guide, justifiant une obligation de conseil plus affirmée et systématique, qui se distingue des simples obligations d’information générales.
Les bases réglementaires spécifiques aux COBSP
Le fondement du devoir de conseil du courtier se trouve principalement dans le Code monétaire et financier. Les articles R. 519-28 et R. 519-29, bien qu’ils n’emploient pas le mot « conseil », établissent clairement les diligences qui le caractérisent. L’article R. 519-28 impose au courtier « d’analyser un nombre suffisant de contrats » pour « recommander ou proposer un contrat adapté aux besoins du client ». L’article R. 519-29 ajoute que le courtier doit expliquer au client « les raisons qui motivent » ses propositions. L’obligation de recommander, de proposer un contrat « adapté » et de « motiver » cette proposition constitue l’essence même du devoir de conseil : il ne s’agit pas de présenter un catalogue, mais de guider un choix.
Le contenu et l’étendue de l’obligation de conseil du courtier
Cette obligation de conseil n’est pas une simple déclaration d’intention. Elle se matérialise par un processus structuré et des exigences précises, dont le respect doit pouvoir être prouvé par le courtier en cas de litige. Cependant, ce devoir a aussi des frontières bien définies par la jurisprudence.
Les étapes du conseil : s’informer, analyser, communiquer, motiver
L’exécution correcte du devoir de conseil par le courtier peut se décomposer en quatre phases clés. D’abord, il doit s’informer de manière exhaustive sur la situation financière, les besoins et les objectifs de son client. Ensuite, il lui faut analyser un panel représentatif d’offres sur le marché pour identifier les solutions pertinentes. Cette analyse doit être objective et ne pas se limiter aux partenaires lui offrant la meilleure commission. Vient ensuite la communication : le courtier doit présenter au client les contrats qu’il juge les plus appropriés. Enfin, et c’est une étape déterminante, il doit motiver sa recommandation, en expliquant de façon claire et personnalisée pourquoi telle offre est plus adaptée qu’une autre au regard de la situation du client.
Formalisme et preuve du respect de l’obligation
En cas de contentieux, la charge de la preuve du respect du devoir de conseil pèse sur le courtier. Il est donc primordial pour ce professionnel de se constituer un dossier solide. La meilleure pratique consiste à formaliser ses recommandations par un écrit, remis et expliqué au client avant toute signature. Ce document doit détailler les besoins exprimés par le client, les options étudiées et les raisons précises motivant la proposition finale. Un tel document, contresigné par le client, attestera de la bonne exécution des diligences du courtier et constituera un élément de preuve essentiel devant un juge.
Les limites du devoir de conseil du courtier
Le devoir de conseil du courtier, bien que large, n’est pas illimité. La jurisprudence a clarifié que cette obligation porte exclusivement sur l’opération de financement (le crédit et ses accessoires, comme l’assurance emprunteur) et non sur l’opération financée elle-même. Par exemple, un courtier n’a pas à se prononcer sur la rentabilité d’un investissement immobilier ou la viabilité d’un projet d’entreprise. Par ailleurs, la qualité du conseil dépend directement de l’exactitude et de l’exhaustivité des informations fournies par le client. Un client qui omettrait des informations ou fournirait des données erronées ne pourrait que difficilement reprocher au courtier un conseil inadapté.
La jurisprudence sur le devoir de conseil du courtier : précisions et controverses
Les tribunaux ont progressivement affiné les contours de l’obligation de conseil du courtier, apportant des éclaircissements sur son contenu pratique tout en laissant subsister certaines zones de débat, notamment concernant la sanction applicable en cas de manquement.
L’interprétation des juges du fond
Plusieurs décisions de justice ont illustré l’étendue concrète du devoir de conseil. Par exemple, les juges ont estimé que le conseil devait s’étendre aux accessoires du prêt, comme l’assurance de crédit, en orientant le client vers la solution la plus pertinente pour son profil. Dans une autre affaire, un courtier a été jugé fautif pour ne pas avoir informé son client de l’arrivée imminente de conditions plus avantageuses pour un prêt à taux zéro (PTZ), alors que cette information était publique. Ces cas démontrent que les tribunaux attendent du courtier une veille active et une démarche proactive pour défendre les intérêts de son client. Le rôle du courtier est également central pour attester des démarches effectuées, ce qui est particulièrement important en cas de difficultés à obtenir un financement.
Le nombre d’offres produites : une question débattue
Une question pratique a donné lieu à des interprétations divergentes : le courtier est-il tenu de présenter systématiquement plusieurs offres de prêt à son client ? Certains juges estiment que la production d’une seule offre, même si elle est adaptée, ne suffit pas à prouver que le courtier a bien réalisé une mise en concurrence effective. D’autres décisions, plus nuancées, considèrent que si le courtier peut démontrer avoir analysé un large panel d’offres et que la seule proposition obtenue est le fruit de nombreux refus par ailleurs, il a rempli sa mission. La présentation d’une seule offre n’est donc pas automatiquement fautive, mais le courtier doit être en mesure de justifier son processus de recherche et d’analyse.
Sanctions des manquements : la perte d’une chance
Lorsqu’un manquement au devoir de conseil est établi et qu’il a causé un préjudice au client, la sanction la plus couramment retenue par les tribunaux est l’indemnisation sur le fondement de la « perte d’une chance ». Il ne s’agit pas de rembourser l’intégralité du prêt ou des intérêts. L’idée est de réparer le préjudice subi par le client qui, s’il avait été correctement conseillé, aurait eu une chance de ne pas contracter ou de contracter à de meilleures conditions (un taux plus bas, une assurance moins chère, une structure de prêt plus adaptée). L’évaluation de cette perte de chance est laissée à la large appréciation du juge, qui la fixera en fonction des circonstances spécifiques de chaque dossier.
Le devoir de conseil est une obligation lourde qui engage pleinement la responsabilité du courtier. Pour l’emprunteur, sa bonne exécution est le gage d’un financement optimisé et sécurisé. En cas de doute sur la qualité du conseil reçu ou si vous estimez avoir subi un préjudice du fait d’un manquement, l’analyse d’un avocat expert en droit bancaire est déterminante pour évaluer vos droits et envisager les actions possibles. Notre cabinet peut vous assister pour analyser votre situation et défendre vos intérêts.
Sources
- Code monétaire et financier (notamment les articles R. 519-28 et R. 519-29)
- Code de la consommation




