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Comprenez la facturation d'un commissaire de justice : un professionnel explique les frais à un justiciable dans un bureau moderne français.

Tarification des actes de commissaire de justice : guide complet 2025

Table des matières

La facturation des actes d’un commissaire de justice, profession réglementée issue de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires, peut souvent sembler opaque pour le justiciable. Qu’il s’agisse de la signification d’une décision, du recouvrement d’une créance ou de la réalisation d’une saisie, chaque intervention génère des coûts. Ces frais ne sont cependant pas fixés arbitrairement. Ils répondent à un cadre légal strict, principalement défini par le Code de commerce, qui vise à garantir à la fois la juste rémunération du professionnel et la prévisibilité des dépenses pour le citoyen. Comprendre la structure de cette tarification est essentiel pour quiconque est confronté à une procédure d’exécution ou doit faire valoir ses droits. Cet article détaille les règles applicables aux prestations, qu’elles soient de nature tarifée ou libre, en décryptant la composition de ses émoluments, honoraires, frais et débours, ainsi que les obligations qui encadrent sa mission.

Principes généraux de la tarification réglementée du commissaire de justice

La rémunération du commissaire de justice pour une grande partie de ses activités n’est pas libre, mais encadrée par un tarif réglementé. Cette régulation est justifiée par la nature de ses missions, qui relèvent d’un service public et s’exercent souvent dans le cadre d’un monopole. Il est à noter que le cadre général a été profondément réformé par l’arrêté du 26 février 2018. Avant d’aborder les détails de la facturation, il est essentiel de comprendre le statut et l’organisation de la profession de commissaire de justice, qui encadrent sa mission et justifient la réglementation de ses tarifs.

Le cadre juridique et les objectifs de la tarification

La tarification des actes des commissaires de justice est principalement régie par les articles L. 444-1 et suivants du Code de commerce. Cette législation, issue des réformes sur les professions réglementées, a pour ambition d’apporter plus de transparence et de prévisibilité. L’objectif est double : assurer un accès équitable au service public de la justice pour tous les citoyens et garantir une rémunération équilibrée pour les professionnels. Pour les actes relevant de leur monopole (signification, exécution forcée, etc.), le tarif des actes est fixé par arrêté conjoint des ministres de la Justice et de l’Économie. En revanche, pour les activités exercées en concurrence avec d’autres professions, comme le recouvrement amiable de créances, la rémunération est libre et doit faire l’objet d’une convention d’honoraires. Ces honoraires sont alors fixés en accord avec le client, contrairement à une prestation tarifée.

Méthode de fixation des tarifs : coûts pertinents et rémunération raisonnable

La fixation des tarifs réglementés ne se fait pas au hasard ; elle repose sur une méthode économique précise, définie aux articles L. 444-2 et R. 444-6 du Code de commerce, visant à atteindre un équilibre. Cette méthode de calcul vise à couvrir les « coûts pertinents » du service rendu. Ces coûts incluent l’ensemble des charges d’une étude : salaires du personnel, loyers, investissements technologiques, charges sociales, etc. L’objectif est de refléter le coût réel de la production des actes. Au-delà des coûts, le tarif doit permettre une « rémunération raisonnable » pour le professionnel, calculée sur la base de critères objectifs. L’État évalue ainsi, pour chaque profession, un taux de résultat moyen cible, assurant la viabilité économique des offices tout en prévenant des profits excessifs sur des actes de service public.

La péréquation des tarifs : un mécanisme de régulation

Le système tarifaire intègre un mécanisme de péréquation, comme le prévoit l’article L. 444-2 du Code de commerce. Ce principe de solidarité vise à corriger les déséquilibres économiques entre les différents types d’actes et les zones géographiques. Concrètement, les émoluments perçus sur des actes très rentables peuvent servir à compenser le faible rendement d’autres actes, pourtant juridiquement indispensables mais moins lucratifs. Ce système a pour finalité de favoriser un accès uniforme aux prestations sur tout le territoire et de soutenir l’installation de nouveaux professionnels dans des zones moins denses économiquement, garantissant ainsi une couverture territoriale complète du service public de la justice.

Structure détaillée des émoluments et frais du commissaire de justice

La facture d’un commissaire de justice se décompose en plusieurs éléments distincts. Il est important de comprendre la nature de chacun pour analyser correctement le coût total d’une procédure. On distingue principalement les émoluments, qui rémunèrent l’acte lui-même, des frais ou débours, qui correspondent au remboursement de dépenses annexes engagées pour le compte du client.

Émoluments fixes : application des coefficients multiplicateurs

Pour la majorité des actes réglementés, la réglementation prévoit un émolument fixe, exprimé en euros dans les tableaux de l’article A. 444-10 et suivants. C’est le cas par exemple d’une assignation en justice ou d’une signification de jugement. Ces émoluments fixes sont la contrepartie des actes relevant de ses attributions et son monopole dans l’exécution forcée, garantissant une rémunération pour des procédures essentielles au fonctionnement de la justice. Toutefois, ce montant de base est souvent ajusté. L’article A. 444-46 du Code de commerce instaure un système de coefficient multiplicateur lorsque l’acte concerne une obligation financière. Selon le montant de la créance en jeu, l’émolument fixe est multiplié par 0,5 (pour une créance d’un montant inférieur ou égal à 128 €), par 1 (entre 128 € et 1 280 €) ou par 2 (au-delà de 1 280 €).

Émoluments proportionnels et droit d’engagement de poursuites (dep)

Pour les activités de recouvrement de créances, en plus des émoluments fixes liés à chaque acte, le commissaire de justice perçoit un émolument proportionnel. Ce droit proportionnel est crucial. L’article A. 444-31 du Code de commerce fixe un émolument proportionnel dégressif sur les sommes effectivement recouvrées ou encaissées, qui reste à la charge du débiteur. Parallèlement, l’article A. 444-32 prévoit un émolument, également proportionnel, à la charge du créancier cette fois. Au tout début du processus de recouvrement, le commissaire de justice perçoit un « droit d’engagement de poursuites » (DEP), parfois appelé droit de recouvrement. Cet émolument, prévu à l’article A. 444-15 et dont le barème est actualisé à l’article A. 444-31, est unique pour une même dette et son montant varie selon des tranches dégressives. Le droit d’engagement de poursuites est une composante clé du coût global de l’ensemble des procédures civiles d’exécution, comme la saisie administrative à tiers détenteur (SATD), initiant le processus pour lequel les autres émoluments seront calculés.

Émoluments complémentaires de vacation et majorations pour urgence

Certaines diligences ne peuvent être tarifées de manière forfaitaire. C’est le cas des opérations qui nécessitent un temps dont la durée ne peut être prévue, comme la surveillance d’une vente ou l’assistance à une expulsion longue. Pour ces situations, le commissaire de justice perçoit un émolument complémentaire de « vacation », facturé par tranche de temps passée, généralement par demi-heure, chaque demi-heure entamée étant due en entier, conformément à l’article A. 444-47 du Code de commerce. De plus, si une prestation doit être réalisée en urgence à la demande du client (par exemple la nuit, à une heure tardive, un dimanche ou un jour férié), les émoluments fixes peuvent être majorés dans les conditions prévues par le tarif, afin de compenser la contrainte particulière de l’intervention.

Remboursement des frais et débours : forfaitaires ou réels, et la tva

En plus de leur rémunération (les émoluments), les commissaires de justice facturent le remboursement des dépenses engagées pour le compte du client. On distingue les « débours » des « frais ». Les débours sont des sommes avancées à des tiers pour les besoins de la mission (frais de serrurier pour une ouverture de porte, de déménageur, taxes fiscales…). Ils sont remboursés à leur coût réel sur présentation de justificatifs. Les frais de déplacement, quant à eux, sont couverts par une indemnité forfaitaire fixée par l’article A. 444-48 du Code de commerce. Il est à noter que l’arrêté du 16 mai 2022, qui en fixait les règles de collecte et de répartition via un service de compensation, a été annulé par le Conseil d’État le 5 février 2024, avec effet au 1er juin 2024, ce qui a pu créer une période d’incertitude sur leur gestion. Enfin, la plupart des émoluments et frais sont soumis à la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) au taux en vigueur.

Les remises tarifaires : conditions et limites

La loi autorise les commissaires de justice à accorder des remises sur leurs émoluments, mais de manière très encadrée; cette possibilité ne concerne pas les honoraires libres. L’article L. 444-2 du Code de commerce prévoit que des remises peuvent être consenties lorsque l’émolument est proportionnel à la valeur d’un bien ou d’un droit et que l’assiette de ce tarif dépasse un certain seuil. Le taux de remise, qui est un pourcentage, est plafonné par l’article R. 444-10 du même code (généralement à 20 %, et jusqu’à 40 % pour les tranches d’assiette les plus élevées). Cette possibilité de remise doit être appliquée de manière fixe et identique pour tous les clients de l’étude, garantissant ainsi une égalité de traitement.

Obligations spécifiques du commissaire de justice en matière tarifaire

La perception de sa rémunération s’accompagne pour le commissaire de justice de plusieurs devoirs stricts, visant à protéger les droits des créanciers et des débiteurs et à assurer la transparence des flux financiers qui transitent par son office.

L’obligation de provision : principes et exceptions légales

En principe, avant d’accomplir un acte, le commissaire de justice doit demander à son client le versement d’une provision suffisante pour couvrir les émoluments et les frais prévisibles, comme le stipule l’article R. 444-52 du Code de commerce. C’est une garantie pour le professionnel. Cependant, il est à noter que l’article R. 444-53 prévoit des exceptions importantes. La provision ne peut être exigée en cas d’urgence, ou si le créancier justifie de ressources insuffisantes pour faire l’avance. Elle n’est pas non plus due pour le recouvrement de certaines créances, notamment les créances alimentaires, celles nées d’un contrat de travail, ou lorsque la demande émane d’un comptable public. L’une des exceptions à l’obligation de provision est d’ailleurs liée à la validité du titre exécutoire détenu par le créancier, notamment lorsqu’il s’agit d’une décision de justice bénéficiant de l’aide juridictionnelle.

Le reversement des sommes encaissées : délais et sanctions

Lorsqu’un commissaire de justice encaisse des fonds pour le compte d’un créancier, il est tenu de les lui reverser dans des délais stricts, fixés par l’article R. 444-56 du Code de commerce. Le délai est de trois semaines maximum pour un paiement en espèces et de six semaines pour les autres moyens de paiement. Si le débiteur paie par acomptes successifs, ces délais sont portés respectivement à six semaines et trois mois. Le non-respect de cette obligation de versement constitue une faute professionnelle grave, susceptible d’entraîner des sanctions disciplinaires à l’encontre du commissaire de justice, afin de protéger les droits financiers du créancier.

Le droit de rétention : portée, limites et exceptions

Pour garantir le paiement de ses propres frais et émoluments, le commissaire de justice dispose d’un droit de rétention sur les sommes qu’il a encaissées pour le compte du créancier, prévu à l’article R. 444-15 du Code de commerce. Il peut donc prélever sa rémunération sur les fonds recouvrés avant de les reverser. Cependant, ce droit connaît des limites impératives. L’article R. 444-54 l’écarte formellement lorsque les fonds proviennent du recouvrement d’une créance alimentaire (pension alimentaire, prestation compensatoire). De même, ce droit ne peut être exercé sur les sommes recouvrées pour le compte d’un comptable public. Ces exceptions visent à protéger des créances jugées prioritaires par la loi.

L’obligation d’affichage des tarifs et la transparence pour le justiciable

Dans un souci de transparence, l’article L. 444-4 du Code de commerce impose aux commissaires de justice, comme à d’autres professions réglementées, d’afficher de manière visible et lisible leurs tarifs dans leur lieu d’exercice ainsi que sur leur site internet. Cette obligation d’information permet au justiciable de connaître à l’avance le coût des prestations réglementées et de s’assurer que la facturation est conforme au cadre légal. Le non-respect de cette obligation peut être sanctionné par une amende administrative.

Conséquences des manquements aux règles tarifaires : responsabilités et sanctions

Le non-respect des règles de tarification, qu’il s’agisse de surfacturation, d’un manque de transparence ou d’une rétention abusive de fonds, expose le commissaire de justice à des conséquences sérieuses. En cas de manquement avéré aux règles tarifaires, la responsabilité du commissaire peut être engagée, ouvrant droit à différents recours possibles en cas de faute ou d’abus de la part du justiciable.

Responsabilité civile et pénale du commissaire de justice

Toute faute commise par le commissaire de justice dans l’exercice de ses fonctions qui cause un préjudice à son client, au débiteur ou à un tiers peut engager sa responsabilité civile. En matière de facturation, cela peut concerner la perception d’émoluments non dus qui cause un préjudice financier. Le professionnel peut alors être condamné à rembourser les sommes indûment perçues et à verser des dommages et intérêts. Dans les cas les plus graves, comme la divulgation d’informations confidentielles obtenues lors d’une procédure (non-respect du secret professionnel), sa responsabilité pénale pourrait également être recherchée.

Sanctions disciplinaires : avertissement, blâme, interdiction, destitution

Indépendamment des poursuites judiciaires, tout manquement aux obligations professionnelles, y compris tarifaires et déontologiques, peut faire l’objet de poursuites disciplinaires. L’action est portée devant une juridiction spécialisée, la chambre de discipline. L’échelle des sanctions, prévue par l’ordonnance du 13 avril 2022, est large : elle va du simple avertissement au blâme, à l’interdiction d’exercer (temporaire ou définitive), et jusqu’à la destitution. Une facturation abusive, des retards répétés dans le reversement des fonds ou un manque de transparence peuvent justifier de telles peines. Bien que les sanctions disciplinaires relèvent de la chambre de discipline, le rôle du juge de l’exécution (JEX) est central, car c’est le tribunal compétent pour statuer sur les contestations liées aux frais de l’exécution eux-mêmes.

Condamnation aux frais de l’exécution et actes inutiles

Le juge dispose d’un pouvoir de contrôle sur les frais engagés. Si un commissaire de justice a accompli des actes jugés injustifiés, comme une saisie conservatoire superflue, ou nuls par sa faute, l’article 698 du Code de procédure civile prévoit que les dépens correspondants peuvent être mis à sa charge personnelle. Cette disposition vise à dissuader les procédures abusives ou les diligences inutiles qui alourdissent sans raison le coût de l’exécution pour le débiteur ou le créancier. Si, par exemple, il engage une saisie vente mobilière pour une créance minime alors qu’une saisie attribution était possible, ou si son procès-verbal de saisie est mal rédigé, sa responsabilité peut être engagée. Le commissaire de justice, en tant que professionnel du droit, a une obligation de mesure et de proportionnalité dans les actes qu’il choisit de mettre en œuvre.

La complexité des règles de tarification et les enjeux financiers peuvent rendre indispensable l’analyse d’un professionnel. Si vous faites face à un litige concernant les honoraires ou frais d’un commissaire de justice, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en voies d’exécution pour défendre vos droits.

Sources

  • Code de commerce, articles L. 444-1 et suivants (principes généraux des tarifs réglementés)
  • Code de commerce, articles R. 444-49 à R. 444-57 (dispositions réglementaires spécifiques aux commissaires de justice)
  • Code de commerce, articles A. 444-10 à A. 444-52 (barèmes des émoluments)
  • Code des procédures civiles d’exécution
  • Ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice
  • Ordonnance n° 2022-544 du 13 avril 2022 relative à la déontologie et à la discipline des officiers ministériels

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