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Un commissaire de justice explique des documents de saisie ou de recouvrement à un couple dans un bureau juridique français moderne.

Commissaire de justice : attributions, monopole et réformes de l’exécution forcée en droit français

Table des matières

Le commissaire de justice, profession née de la fusion entre l’huissier de justice et le commissaire-priseur judiciaire, est un acteur central et souvent redouté du système judiciaire français. Son intervention matérialise l’exécution des décisions de justice et la mise en œuvre du recouvrement de créances. Pourtant, son statut, l’étendue de ses pouvoirs et les limites strictes qui les encadrent demeurent largement méconnus. Face à la complexité de ces procédures et aux réformes qui transforment son rôle, notamment en matière de saisie des rémunérations, comprendre ses attributions est essentiel pour faire valoir ses droits. Pour naviguer ces procédures, l’assistance d’un avocat expert en voies d’exécution peut s’avérer indispensable pour défendre vos intérêts.

Définition et statut du commissaire de justice : une profession en profonde mutation

La figure du commissaire de justice est le fruit d’une volonté de modernisation des professions juridiques réglementées. Son statut et ses missions sont le résultat d’une évolution législative visant à créer un grand officier public de l’exécution, polyvalent et au cœur des procédures civiles.

De l’huissier au commissaire de justice : une évolution législative

L’ordonnance du 2 juin 2016 a scellé le rapprochement entre les professions d’huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire, donnant naissance à la profession unique de commissaire de justice. Cette nouvelle profession, qui résulte de la fusion des activités, est devenue pleinement effective au 1er juillet 2022 et vise à rationaliser et renforcer les métiers de l’exécution. Le commissaire de justice, anciennement huissier de justice, conserve son statut d’officier public et ministériel. Cela signifie qu’il est titulaire d’une charge conférée par l’État, sous l’autorité du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, et qu’il dispose du monopole pour accomplir certains actes au nom de la loi.

Le cadre général de l’intervention du commissaire de justice

Agissant comme mandataire du créancier, le commissaire de justice est investi d’une mission de service public. Il a la responsabilité de la conduite des opérations d’exécution, depuis la signification des actes jusqu’à la mise en œuvre concrète des mesures de saisie ou d’expulsion. Son intervention est au centre des procédures d’exécution civile, qui encadrent l’ensemble des mesures de recouvrement judiciaire forcé. Bien qu’il agisse pour le compte de son client, il n’est pas son préposé et engage sa propre responsabilité professionnelle pour les fautes commises dans l’exercice de son ministère.

Le monopole d’intervention du commissaire de justice dans l’exécution forcée

La loi confère au commissaire de justice une compétence exclusive pour la mise en œuvre des mesures d’exécution forcée. Ce monopole est la pierre angulaire de son statut et garantit une application uniforme et contrôlée de la loi sur l’ensemble du territoire national.

Nature et étendue du monopole

L’article L. 122-1 du Code des procédures civiles d’exécution dispose que seuls les commissaires de justice peuvent procéder à l’exécution forcée et aux saisies conservatoires. Cette exclusivité couvre un large éventail d’actions, notamment les procédures civiles d’exécution comme la saisie-attribution, qui permet de saisir directement les créances du débiteur entre les mains d’un tiers (par exemple une banque), ou la vente aux enchères de biens saisis. Le monopole s’étend de la simple signification d’un acte jusqu’aux opérations matérielles de saisie de biens mobiliers ou d’expulsion.

Dérogations au monopole : exceptions notables

Ce principe de monopole connaît quelques dérogations. Certains agents de l’État disposent d’un pouvoir d’exécution pour le recouvrement de créances publiques spécifiques. C’est notamment le cas des comptables du Trésor public, qui peuvent émettre des avis à tiers détenteur, une démarche spécifique qui n’est pas du ressort du commissaire. Ces exceptions restent cependant limitées à des domaines précis et ne remettent pas en cause la compétence générale du commissaire de justice en matière civile et de commerce.

Obligation d’intervention et ses restrictions

En contrepartie de son monopole, le commissaire de justice est tenu de prêter son concours chaque fois qu’il en est requis. Il ne peut refuser d’intervenir pour cette mission de service public que pour des motifs légitimes, expressément prévus par la loi. Parmi ces motifs figurent le caractère illicite de la mesure demandée ou une situation où les frais de poursuite seraient manifestement supérieurs au montant de la créance à recouvrer. Des restrictions s’appliquent également en cas de liens de parenté ou d’alliance avec l’une des parties, afin de garantir son impartialité.

Pouvoirs d’intervention du commissaire de justice et leurs limites

Pour mener à bien sa mission, le commissaire de justice dispose de prérogatives importantes, dont l’usage est strictement encadré par la loi afin de protéger les droits fondamentaux du débiteur, en particulier le respect de la vie privée et l’inviolabilité du domicile.

Recherche d’informations et réquisition de la force publique

Afin de localiser un débiteur ou d’identifier les éléments de son patrimoine à la suite d’une recherche, le commissaire de justice, muni d’un titre exécutoire, peut interroger directement les administrations de l’État, les collectivités territoriales ou encore les établissements bancaires. Ces organismes sont tenus de lui communiquer des informations telles que l’adresse du débiteur, l’identité de son employeur ou la liste des comptes bancaires détenus. Par ailleurs, en cas de résistance physique du débiteur ou d’un tiers, il peut requérir l’assistance de la force publique pour mener à bien sa mission.

Accès au domicile du débiteur : conditions et garanties

La pénétration dans un lieu servant à l’habitation est l’une des prérogatives les plus encadrées. Sauf cas spécifiques, le commissaire de justice ne peut y procéder que sur justification d’un titre exécutoire et après un commandement de payer resté sans effet pendant huit jours. Si le débiteur est absent ou refuse l’accès, l’intervention ne peut avoir lieu, selon l’article L. 142-1 du Code des procédures civiles d’exécution, qu’en présence du maire, d’un conseiller municipal, d’une autorité de police ou de gendarmerie. À défaut, deux témoins majeurs qui ne sont au service ni du créancier, ni du commissaire, doivent assister à l’opération et au déroulement de l’inventaire des biens. Ces garanties visent à prévenir tout abus et à assurer que l’atteinte au domicile reste proportionnée et justifiée.

Saisine du juge de l’exécution (JEX) par le commissaire de justice

Le commissaire de justice n’est pas un juge. Lorsqu’il rencontre une difficulté d’ordre juridique ou matériel qui fait obstacle à l’exécution, il ne peut la trancher lui-même. Il doit alors dresser un procès-verbal de difficultés et peut initier une procédure de saisine du JEX, qui est le magistrat compétent pour trancher les litiges liés à l’exécution forcée. Cette procédure garantit que toute contestation sérieuse soit examinée par un juge, assurant ainsi le respect du contradictoire et des droits de la défense.

Les réformes de la saisie des rémunérations (L. 2023-1059) : un rôle accru pour le commissaire de justice

Une réforme majeure, effective au 1er juillet 2025, va profondément modifier la procédure de saisie des rémunérations. Le ministre de la Justice a souhaité cette réforme pour déjudiciariser une grande partie du processus et conférer un rôle central au commissaire de justice, dans le but d’accélérer et de simplifier le recouvrement des créances.

Déjudiciarisation et rôle du commissaire de justice répartiteur

Actuellement gérée par le greffe du tribunal judiciaire, la procédure de saisie des salaires sera entièrement confiée aux commissaires de justice. La réforme instaure la figure du « commissaire de justice répartiteur ». Désigné par la Chambre Nationale des Commissaires de Justice (CNCJ) selon un système de tour de rôle, il sera chargé de recevoir les fonds saisis auprès de l’employeur et d’en assurer la répartition entre les différents créanciers. Cette évolution vise à désengorger les tribunaux de grande instance et à rendre la procédure plus efficiente.

Le registre numérique des saisies : un outil de modernisation

Pour assurer la transparence et la coordination des mesures, un registre numérique national des saisies des rémunérations sera créé et consultable en ligne. Toute nouvelle saisie devra y être inscrite le jour même ou le premier jour ouvrable suivant, sous peine de caducité. Cet outil, dont la gestion sera confiée à la CNCJ, permettra à tous les acteurs d’avoir une vision claire des procédures en cours pour un même débiteur, d’éviter les saisies concurrentes désorganisées et de garantir une répartition équitable des fonds.

Procédure de saisie et conditions d’intervention

La nouvelle procédure débutera par la signification d’un commandement de payer au débiteur. Ce dernier disposera d’un délai d’un mois pour régler sa dette ou pour notifier au commissaire de justice son souhait de parvenir à un accord amiable avec le créancier. Ce n’est qu’à défaut de paiement ou d’accord que l’acte de saisie sera notifié à l’employeur. Le débiteur conservera la possibilité de contester la mesure à tout moment devant le juge de l’exécution, notamment s’il estime la créance infondée.

Gestion et répartition des fonds saisis

Une fois l’acte de saisie notifié, l’employeur, en tant que tiers saisi, aura l’obligation de verser mensuellement la fraction saisissable du salaire au commissaire de justice répartiteur. En présence d’un seul créancier, les fonds lui seront reversés directement. Si plusieurs créanciers sont en concours, le commissaire répartiteur établira un projet de répartition qui leur sera notifié. La mainlevée de la saisie interviendra une fois la dette intégralement éteinte, soit par constatation du juge, soit par accord des créanciers.

Rôle du commissaire de justice dans les procédures de surendettement des particuliers

Le commissaire de justice intervient également dans le cadre du traitement des situations de surendettement, une démarche visant à offrir des solutions aux personnes physiques incapables de faire face à leurs dettes non professionnelles.

Le surendettement des particuliers : éligibilité et procédures

La procédure de surendettement est ouverte aux personnes physiques de bonne foi qui se trouvent dans l’impossibilité manifeste de rembourser l’ensemble de leurs dettes non professionnelles. La procédure débute par le dépôt d’un dossier auprès de la commission de surendettement, gérée par la Banque de France. La commission a pour mission d’examiner la recevabilité du dossier et de chercher des solutions amiables ou d’orienter le dossier vers des mesures plus contraignantes.

Le rétablissement personnel : une ‘seconde chance’

Lorsque la situation financière du débiteur est jugée « irrémédiablement compromise », c’est-à-dire sans espoir d’amélioration permettant un remboursement même partiel des dettes, une procédure de rétablissement personnel peut être engagée. Elle peut prendre deux formes : sans liquidation judiciaire, si le débiteur ne possède aucun patrimoine de valeur, ou avec liquidation judiciaire, si des actifs peuvent être vendus. Dans les deux cas, la procédure aboutit à un effacement des dettes, offrant au débiteur un nouveau départ.

Articulation entre commission, juge et commissaire de justice

La commission de surendettement joue un rôle central d’orientation. Si un rétablissement personnel avec liquidation est nécessaire, elle saisit le juge compétent. Le juge supervise alors la procédure et peut désigner un mandataire ou un liquidateur pour réaliser l’actif du débiteur. Le commissaire de justice peut être désigné pour exercer ces fonctions, mettant ainsi son expertise de l’exécution et de la vente de biens, notamment d’immeuble, au service de cette procédure collective.

Gestion des saisies-attributions sur comptes bancaires : focus sur les couples

L’une des interventions les plus courantes est la saisie-attribution sur les comptes bancaires, une procédure qui soulève des questions complexes, notamment lorsqu’elle concerne des comptes détenus par des couples.

Principes généraux de la saisie-attribution

La saisie-attribution est une procédure qui permet à un créancier de se faire payer directement par un tiers qui doit de l’argent à son débiteur. Le plus souvent, ce tiers est une banque. L’acte de saisie, signifié par le commissaire de justice à la banque, a pour effet de rendre indisponible le solde créditeur du compte et de l’attribuer immédiatement au créancier saisissant, sous réserve des contestations éventuelles du débiteur.

Comptes joints et régimes matrimoniaux : une analyse spécifique

Pour les couples mariés sous le régime de la communauté, les fonds déposés sur un compte joint sont présumés communs. En cas de dette « ménagère » contractée pour l’entretien du ménage, la solidarité entre époux s’applique et le créancier peut saisir la totalité du solde. En revanche, pour une dette personnelle d’un seul époux (comme un emprunt souscrit sans l’accord de l’autre), l’article 1415 du Code civil limite le gage du créancier aux biens propres et aux revenus de l’époux débiteur. La jurisprudence a précisé que si le compte joint est alimenté par les revenus des deux conjoints, il appartient au créancier de prouver quelle part des fonds correspond aux revenus personnels de son débiteur. Faute de pouvoir le faire, la saisie peut être annulée.

Spécificités des couples non mariés (PACS et concubinage)

Pour les partenaires de PACS, une solidarité légale existe pour les dettes contractées pour les besoins de la vie courante. Les règles applicables à la saisie d’un compte joint sont donc proches de celles des couples mariés pour ce type de dettes. Pour les concubins, la situation est différente : aucune solidarité légale n’existe. Un créancier d’un concubin ne peut saisir que la part des fonds lui appartenant sur le compte joint. En l’absence de preuve contraire, les fonds sont présumés appartenir pour moitié à chaque titulaire.

La responsabilité professionnelle du commissaire de justice

En tant qu’officier public et ministériel, le commissaire de justice est soumis à un régime de responsabilité professionnelle strict, ouvrant un droit de recours en cas de faute commise dans l’exercice de son ministère.

Principes généraux de la responsabilité civile

Le commissaire de justice est responsable des fautes, négligences ou erreurs qu’il commet dans l’accomplissement de ses actes. Si une telle faute cause un préjudice au créancier (par exemple, en laissant se prescrire une créance) ou au débiteur (en saisissant des biens insaisissables), sa responsabilité civile peut être engagée. Les demandes en réparation de ces préjudices relèvent de la compétence du juge de l’exécution.

Protection pénale et limites d’intervention

Dans l’exercice de ses fonctions, le commissaire de justice bénéficie d’une protection pénale. Tout acte de violence, d’outrage ou de rébellion à son encontre est sévèrement sanctionné. Cette protection est la contrepartie de ses pouvoirs étendus. Cependant, son action est strictement limitée par le cadre du titre exécutoire qu’il met en œuvre. Il ne peut ni accorder des délais de paiement de sa propre initiative, ni choisir de ne pas exécuter une décision de justice. Sa mission est d’exécuter, non de juger.

La complexité des voies d’exécution et les réformes constantes du métier de commissaire de justice rendent souvent nécessaire un accompagnement juridique. Pour sécuriser vos droits, que vous soyez créancier ou débiteur, l’assistance d’un avocat expert en voies d’exécution est une garantie pour la défense de vos intérêts. N’hésitez pas à consulter les ressources disponibles sur notre site pour plus d’informations.

Sources

  • Code des procédures civiles d’exécution
  • Code de l’organisation judiciaire
  • Code du travail (concernant la saisie des rémunérations)
  • Code de la consommation (concernant le surendettement)
  • Code civil (concernant les régimes matrimoniaux et la solidarité des dettes)
  • Ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut du commissaire de justice
  • Loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 d’orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027
  • Site officiel de la Chambre Nationale des Commissaires de Justice (CNCJ)

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