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Saisie immobilière : évolution historique, origines et réformes clés

Table des matières

La saisie immobilière, procédure par laquelle un créancier peut faire vendre un bien immobilier pour recouvrer sa dette, est souvent perçue comme une mesure technique et immuable. Pourtant, elle est le fruit d’une longue et complexe évolution du droit français, marquée par une recherche constante d’équilibre entre la protection de la propriété foncière, les droits du débiteur et la nécessaire efficacité de l’œuvre du recouvrement pour le créancier. Comprendre son histoire, de ses racines dans l’Ancien Droit jusqu’aux réformes qui ont façonné le droit contemporain, est essentiel pour saisir les mécanismes et les enjeux actuels de cette voie d’exécution.

Les fondements de la saisie immobilière avant 1938 : un droit fragmenté

Avant la première grande réforme unificatrice du XXe siècle, le droit de la saisie immobilière était un ensemble de règles hétérogènes, accumulées au fil des siècles. L’instabilité de ce cadre juridique reflétait les tensions économiques et sociales des différentes époques. Cette exploration des racines juridiques permet de mieux saisir les enjeux et la complexité de la procédure de saisie immobilière contemporaine.

Origines et spécificités de la saisie sous l’Ancien Régime

L’expropriation forcée des immeubles a tardé à s’imposer dans le système juridique français. Apparue au XIIIe siècle, elle se heurtait à la structure féodale de la société, où la propriété foncière, principalement détenue par la noblesse, était au cœur des rapports de suzeraineté. Dès ses origines, la procédure a été encadrée par des restrictions et formalités protectrices de la propriété foncière, une préoccupation qui se retrouve aujourd’hui dans les mécanismes modernes de défense du débiteur saisi. Le droit était alors morcelé, chaque coutume locale possédant ses propres usages en matière de saisie.

Une première tentative d’uniformisation intervient avec l’édit des « criées » de 1551, qui cherchait à instaurer une procédure unique de saisie réelle. Cependant, l’esprit de la réglementation restait marqué par une certaine faveur accordée au débiteur. Celui-ci bénéficiait, par exemple, de la faculté de racheter son bien après l’adjudication ou de la possibilité de renouveler les enchères, des mécanismes qui alourdissaient et ralentissaient considérablement le recouvrement de la dette.

Les apports du droit révolutionnaire et napoléonien

La législation révolutionnaire, dans sa volonté de rupture avec les complexités de l’Ancien Régime, a tenté de simplifier et d’accélérer la procédure de saisie. Les lois des 9 messidor an III et 11 brumaire an VII témoignent de cet effort de rationalisation, approuvé par l’assemblée en place, même si la première ne fut jamais réellement appliquée. La seconde, en revanche, a marqué une version améliorée et notable en fluidifiant le processus d’exécution forcée.

La législation napoléonienne a ensuite opéré une dissociation structurelle des règles. Le Code civil de 1804 consacrait un titre à l’expropriation forcée, tandis que le Code de procédure civile de 1806 en détaillait les mécanismes. Paradoxalement, cette refonte a entraîné un retour à une grande complexité. Rédigée par des praticiens formés à l’Ancien Droit, la procédure de saisie s’est de nouveau alourdie, peut-être en réaction à la simplicité jugée excessive par la précédente assemblée révolutionnaire.

Les réformes du XIXe siècle et l’émergence du crédit immobilier

Le cadre napoléonien s’est rapidement révélé inadapté aux réalités économiques du XIXe siècle. Plusieurs ajustements législatifs, approuvés par chaque assemblée, sont venus le corriger. La loi du 2 juin 1841 a représenté une avancée significative en simplifiant la procédure, notamment par la suppression de plusieurs audiences d’adjudication obligatoires. D’autres textes, comme les lois de 1858 et 1881 votées par l’assemblée, ont continué ce travail de modernisation de la procédure d’ordre.

Un tournant majeur fut cependant l’essor du crédit immobilier. Pour favoriser le développement du bâtiment, il devint impératif de sécuriser les prêteurs. Le décret du 28 février 1852 a ainsi instauré une procédure de saisie simplifiée et accélérée au profit du Crédit Foncier, puis étendue à d’autres sociétés de crédit et à chaque banque qui octroyait un prêt. Ce régime dérogatoire, conçu pour renforcer l’efficacité du recouvrement des prêts hypothécaires, illustre comment les besoins économiques ont directement influencé l’évolution des voies d’exécution sur le patrimoine immobilier.

Le décret-loi du 17 juin 1938 : une refonte structurante

Il a fallu attendre 1938 pour assister à la première véritable tentative de systématisation du droit de la saisie immobilière. Ce décret-loi a constitué le socle de la procédure pour la majeure partie du XXe siècle, même si son application a été progressivement amendée par des réformes partielles successives.

Contexte et motivations du décret-loi de 1938

Fruit d’une longue élaboration et d’initiatives convergentes de la Chancellerie, des deux assemblées parlementaires et des praticiens du droit, le décret-loi du 17 juin 1938 visait un double objectif qui faisait quasi l’unanimité : rendre la procédure moins coûteuse et mieux protéger les intérêts de toutes les parties. Il s’agissait de refondre entièrement les dispositions de l’ancien Code de procédure civile pour créer un cadre plus moderne, cohérent et équilibré, en réponse aux critiques qui qualifiaient la procédure existante d’archaïque.

Les spécificités du régime en Alsace-Moselle

Le décret-loi de 1938 n’a pas mis fin au particularisme du droit local en Alsace-Moselle. La loi du 1er juin 1924 y avait maintenu en vigueur les lois locales de procédure, notamment le système de publicité foncière basé sur le Livre foncier. La principale spécificité de ce régime réside dans son caractère largement déjudiciarisé. La procédure y est principalement menée sous la direction du notaire, qui joue un rôle central dans la préparation de la vente par adjudication, une approche qui contraste fortement avec le régime général où une juridiction occupe une place prépondérante.

Évolutions législatives partielles post-1938 (avant 2006)

Après 1938, la procédure de saisie immobilière a connu une série de modifications partielles. Des décrets en 1948, 1955 et le 7 janvier 1959 ont adapté les règles à la réforme de la publicité foncière et à l’instauration des sûretés judiciaires. Plus tard, des lois comme celle du 23 janvier 1998 ont introduit des mesures de protection pour les personnes endettées. La loi du 9 juillet 1991 portant réforme des procédures civiles d’exécution, entrée en vigueur le 1er janvier 1993, a marqué une étape importante en créant le juge de l’exécution (JEX), doté d’une compétence générale sur les voies d’exécution.

Toutefois, cette loi a maintenu la saisie immobilière en dehors du champ de compétence de ce nouveau juge, créant une dualité de juridiction critiquée. De même, un décret de 1967 prévoyant une nouvelle refonte n’est jamais entré en vigueur. Cette stratification de textes épars, ajoutée à l’inapplication de certaines réformes et à l’exclusion de la saisie immobilière du champ de compétence du nouveau juge de l’exécution, rendait indispensable une nouvelle refonte globale pour assurer une meilleure cohérence en matière de saisie immobilière.

Les réformes contemporaines : l’ordonnance de 2006 et le Code des procédures civiles d’exécution

Au début du XXIe siècle, la nécessité d’une modernisation d’ensemble est devenue évidente. L’ordonnance de 2006 a constitué une véritable refondation, poursuivie par la création quelques années plus tard d’un code dédié, qui organise aujourd’hui l’ensemble des voies d’exécution en France.

L’ordonnance de 2006 et le décret d’application : objectifs et principes directeurs

L’ordonnance n°2006-461 du 21 avril 2006, complétée par son décret d’application, a totalement réformé la matière. Le rapport au Président de la République qui l’accompagnait énumérait clairement les grands principes directeurs, qui recueillirent l’unanimité des suffrages : instituer un socle commun de règles, garantir un meilleur équilibre entre les droits du débiteur et les intérêts du créancier, et simplifier la procédure. Pour y parvenir, la réforme s’est donné pour tâche de poursuivre plusieurs objectifs concrets : renforcer le rôle du juge, responsabiliser le débiteur en lui ouvrant la possibilité d’une vente amiable, sécuriser la procédure en imposant des garanties de paiement à l’acquéreur comme la consignation du prix à la Caisse des Dépôts, et accélérer le processus en limitant les contestations dilatoires, notamment après la signification du commandement de payer valant saisie immobilière par un huissier de justice. L’une des innovations les plus symboliques fut l’instauration de la vente amiable sur autorisation judiciaire, marquant une volonté de rapprocher, autant que possible, la saisie immobilière des procédures d’exécution mobilières.

L’institution du Code des procédures civiles d’exécution (CPCE)

Dans la continuité de cette modernisation, le législateur a entrepris un travail de codification pour regrouper l’ensemble des règles relatives à l’exécution forcée. Cette proposition de clarification et de regroupement a abouti à l’institution du Code des procédures civiles d’exécution (CPCE), véritable pilier des voies d’exécution modernes. Créé par une ordonnance de 2011 pour sa partie législative et un décret de 2012 pour sa partie réglementaire, ce code a repris les règles existantes à droit constant, c’est-à-dire sans en modifier le fond. Son principal apport fut de fournir une structure améliorée et une nouvelle numérotation, améliorant ainsi la lisibilité et l’accessibilité du droit de l’exécution, notamment pour le dépôt des fonds à la Caisse des Dépôts.

L’extension des compétences du juge de l’exécution

La réforme de 2006 a corrigé une anomalie majeure issue de la loi de 1991 en unifiant le contentieux de l’exécution entre les mains d’un seul juge. L’ordonnance de 2006 a notamment marqué une étape décisive en étendant significativement les compétences du Juge de l’Exécution (JEX) à l’ensemble du contentieux en matière de saisie immobilière, ainsi qu’à la procédure de distribution du prix. Ce regroupement a permis une harmonisation bienvenue des procédures au sein de chaque tribunal judiciaire. Le JEX est désormais compétent pour examiner toutes les contestations et demandes incidentes, même si elles portent sur le fond du droit. Parallèlement, le rôle du greffe a été accru, et le principe de la représentation obligatoire par avocat a été affirmé en première instance, soulignant la technicité de la matière civile, comme l’illustrent les débats devant la chambre mixte de la Cour de cassation sur la force exécutoire des actes notariés.

La saisie immobilière face aux droits fondamentaux et son caractère d’ordre public

La procédure de saisie immobilière, en ce qu’elle peut conduire à la privation du droit de propriété, a été confrontée aux exigences des droits fondamentaux. Le Conseil Constitutionnel a cependant jugé qu’elle ne relevait pas de l’article 17 de la Déclaration de 1789 sur l’expropriation, car elle constitue une modalité de paiement d’une créance. La Cour européenne des droits de l’homme a adopté une position similaire, validant le principe de la procédure au nom de l’équilibre nécessaire entre la protection des biens et le droit au recouvrement des créances.

Les dispositions qui régissent la saisie immobilière sont d’ordre public. Cela signifie que les parties ne peuvent y déroger par des conventions particulières. L’article L. 311-3 du CPCE interdit ainsi formellement les clauses de « voie parée », qui autoriseraient un créancier à faire vendre l’immeuble de son débiteur saisi sans respecter la procédure légale de commandement à payer. Cette nature impérative souligne l’importance des garanties qui encadrent cette mesure d’exécution. Par ailleurs, face aux évolutions législatives, le législateur a dû préciser les règles concernant l’application dans le temps des réformes, un enjeu majeur en droit transitoire pour les procédures en cours, notamment après la publication d’un commandement valant saisie. La jurisprudence a longtemps considéré qu’une fois la vente forcée ordonnée, aucune autre modalité de vente n’était possible, mais la loi de programmation pour la justice du 23 mars 2019 est venue assouplir ce principe en autorisant la vente de gré à gré sous certaines conditions de dépôt et de consignation du prix, même après le jugement d’orientation.

L’histoire de la saisie immobilière montre une complexité croissante et une adaptation permanente aux réalités économiques et sociales en France, y compris face à la problématique du surendettement. La complexité et l’évolution constante de la saisie immobilière démontrent l’importance d’un accompagnement sur-mesure. Que vous soyez créancier ou débiteur, l’assistance d’un avocat expert en saisie immobilière est cruciale pour naviguer ces procédures et défendre efficacement vos intérêts.

Sources

  • Code des procédures civiles d’exécution (Articles L311-1 et suivants, R311-1 et suivants)
  • Code civil
  • Ancien Code de procédure civile
  • Ordonnance n°2006-461 du 21 avril 2006 réformant la saisie immobilière
  • Décret-loi du 17 juin 1938

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