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Droit transitoire pce : principes, réformes et impacts actuels

Table des matières

La succession des lois dans le temps est une source de complexité juridique, particulièrement en matière de procédures civiles d’exécution. Lorsqu’une réforme entre en vigueur, elle soulève une question essentielle : quelle loi appliquer aux procédures déjà engagées ? La complexité du droit transitoire dans ce domaine requiert une analyse pointue, au cœur de notre expertise en matière de procédures d’exécution. Cet article a pour but de vous offrir une vue d’ensemble des principes directeurs et de leurs incidences concrètes, sachant que chaque mécanisme fait l’objet d’analyses détaillées sur ce site, véritable outil pour les praticiens.

Les principes fondamentaux de l’application des lois dans le temps en pce

Pour appréhender les subtilités du droit transitoire, il est essentiel de maîtriser le cadre général des procédures civiles d’exécution (PCE), qui régissent l’ensemble des mesures de recouvrement forcé. Le principe général, affirmé par la jurisprudence et relevant du droit commun, est celui de l’application immédiate des lois nouvelles relatives aux voies d’exécution, en l’absence de dispositions contraires. Cependant, ce principe connaît des exceptions importantes qui assurent la sécurité juridique des actes déjà accomplis et des procédures entamées.

Application immédiate des lois nouvelles et dérogations (contrainte judiciaire, astreinte)

En tant que règles de procédure, les lois nouvelles sur les voies d’exécution s’appliquent en principe aux situations en cours dès leur entrée en vigueur. L’évolution de la contrainte par corps, devenue contrainte judiciaire, illustre bien cette règle. La jurisprudence a toujours considéré cette mesure comme un acte d’exécution forcée, un outil puissant pour exécuter une obligation, et non comme une peine, justifiant ainsi l’application immédiate des lois nouvelles aux poursuites engagées sous leur empire, même si la dette initiale est née sous une législation antérieure. Toutefois, le législateur peut prévoir des aménagements. La loi du 9 mars 2004, qui a institué la contrainte judiciaire, a ainsi précisé que les contraintes par corps en cours à sa date d’entrée en vigueur s’exécuteraient jusqu’à leur terme, maintenant temporairement l’application de la loi ancienne. De même, les évolutions législatives concernant les règles applicables à l’astreinte illustrent parfaitement le principe d’application immédiate des lois de procédure.

La survie de la loi ancienne : mécanismes et portée

Le principal tempérament au principe d’application immédiate est la survie de la loi ancienne. Ce mécanisme garantit que les actes de procédure régulièrement accomplis avant une réforme ne sont pas remis en cause. La loi nouvelle ne peut pas invalider rétroactivement ce qui a été valablement fait sous l’empire de la loi précédente. Cette survie est souvent dictée par des dispositions transitoires expresses prévues par le législateur. C’était le cas de la grande réforme des procédures civiles d’exécution de 1991, dont la loi précisait qu’elle ne s’appliquerait pas aux mesures d’exécution « engagées » avant son entrée en vigueur au 1er janvier 1993. La question de la survie de la loi ancienne est particulièrement importante pour des mécanismes tels que l’interruption des délais de prescription par un acte d’exécution, dont l’effet est régi par l’art. 2241 du Code civ.

Impact des lois nouvelles sur la compétence et la forme des saisies

Toute réforme procédurale modifie potentiellement les règles déterminant quel juge est compétent et quelles formalités doivent être respectées pour mener à bien une saisie. Le droit transitoire vient articuler ces changements pour les instances déjà pendantes devant les tribunaux, dans le cadre de la nouvelle organisation judiciaire.

Règles de compétence : application immédiate ou survie de la loi ancienne ?

Les réformes modifiant la compétence du Juge de l’Exécution (JEX) sont, par principe, d’application immédiate, même aux instances introduites avant leur entrée en vigueur. La Cour de cassation a clarifié ce point dans un avis du 29 novembre 1993 : une loi nouvelle de compétence s’applique immédiatement. Il existe cependant une exception majeure : si une décision de justice intéressant le fond du droit a déjà été rendue en première instance avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, la compétence de la juridiction initialement saisie est maintenue. Cette survie de la loi ancienne assure la continuité des procès et évite de remettre en cause une procédure déjà bien avancée.

Règles de forme des saisies : validité des actes passés et adaptations législatives

Le droit transitoire s’applique également aux formalités qui encadrent les saisies. Le principe est simple : les actes de procédure accomplis avant la loi nouvelle restent valables s’ils respectaient les formes en vigueur au moment de leur réalisation. En revanche, tous les actes postérieurs à l’entrée en vigueur de la réforme doivent se conformer aux nouvelles exigences. Au-delà des questions de compétence, le droit transitoire interroge sur la validité des actes procéduraux accomplis sous l’empire de la loi ancienne, qui dépendent eux-mêmes de l’existence d’un titre exécutoire valable et doté de la force exécutoire. Les réformes récentes illustrent bien ces ajustements, comme la fusion des tribunaux de grande instance et d’instance en 2020 au sein du tribunal judiciaire, qui a nécessité des adaptations pour les saisies des rémunérations, ou la suppression de la saisine du juge par simple déclaration au greffe au profit d’une requête, rendue applicable par décret aux instances en cours au 1er janvier 2021.

Incidences des lois transitoires sur les règles de fond en matière de saisies

Au-delà de la forme et de la compétence, les lois nouvelles peuvent modifier les conditions de fond des saisies. L’application dans le temps de ces règles obéit à une logique de sécurité juridique, mais les délais de procédure représentent un enjeu particulièrement technique.

Conditions de fond et fraction saisissable

Les conditions de fond pour pratiquer une saisie, comme la nature de la créance ou les biens insaisissables, sont déterminées par la loi en vigueur au jour où la mesure d’exécution est engagée. Un exemple historique marquant est celui de la loi du 12 janvier 1895 qui a limité la fraction saisissable des salaires. La Cour de cassation avait alors jugé que pour les salaires gagnés avant la loi nouvelle, la quotité saisissable restait régie par la loi ancienne, consacrant l’idée que cette règle de fond s’attache à la créance de salaire au moment où elle naît.

L’enjeu crucial des délais de procédure (péremption, caducité)

Les délais, qu’il s’agisse de péremption ou de caducité, sont au cœur des préoccupations en droit transitoire. Une loi nouvelle qui modifie un délai de procédure s’applique en principe aux délais qui commencent à courir après son entrée en vigueur. Pour les délais déjà en cours, la jurisprudence de la cour a établi une règle protectrice : le nouveau délai ne court qu’à compter de l’entrée en vigueur de la loi, sans que sa durée totale puisse excéder celle de l’ancien délai. Par exemple, le décret du 27 novembre 2020 a porté de deux à cinq ans le délai de péremption du commandement de payer valant saisie immobilière. Ce nouveau délai s’est appliqué aux instances en cours au 1er janvier 2021, offrant une respiration aux procédures engagées mais qui n’auront pas abouti avant décembre 2024.

La procédure de distribution du prix et les mesures transitoires législatives

L’aboutissement d’une saisie est la distribution du prix de vente des biens. Les réformes peuvent bouleverser l’ordre des paiements et la compétence du juge chargé de cette répartition. La notion de « procédure engagée » devient alors le critère central pour déterminer la loi applicable.

La distribution du prix : un changement de compétence

La réforme de 1991 a transféré la compétence des procédures de distribution au Juge de l’Exécution. Pour les affaires en cours, la Cour de cassation a précisé que les anciens juges des ordres et distributions restaient compétents uniquement si, par une décision de justice, ils avaient déjà dressé un état de distribution provisoire avant le 1er janvier 1993. Ce critère factuel illustre comment le droit transitoire ancre l’application de la loi dans les étapes concrètes de la procédure.

Le rôle déterminant de la « procédure engagée »

Le législateur précise souvent lui-même le champ d’application temporel de ses réformes. La loi de 1991 prévoyait ainsi ne pas s’appliquer aux « mesures d’exécution forcée […] engagées avant son entrée en vigueur ». Mais qu’est-ce qu’une « procédure engagée » ? La jurisprudence a dû trancher. Pour une saisie-vente, un simple commandement de payer a été jugé comme un acte préparatoire. La procédure n’est « engagée » qu’au moment de l’acte de saisie lui-même. En revanche, pour une saisie immobilière, l’exécution est considérée comme commencée dès la publication du commandement. Cette distinction est fondamentale car elle détermine si l’ensemble des actes à venir et la procédure poursuivie suivront l’ancien ou le nouveau régime juridique.

Droit transitoire et sûretés en procédures collectives : enjeux et réformes

Le droit transitoire interagit de manière complexe avec les réformes successives du droit des sûretés et des procédures collectives. Les ordonnances de 2021 ont profondément remanié ces matières, avec des conséquences directes sur les droits des créanciers dans le temps.

L’impact des réformes du droit des sûretés (Ordonnance 2021-1192)

La réforme de 2021 a notamment renforcé le caractère accessoire du cautionnement. Le nouvel article 2298 du Code civil (art. 2298 du Code civ.) permet à la caution d’opposer au créancier la quasi-totalité des exceptions que le débiteur principal pourrait lui-même invoquer. Cette disposition s’applique aux cautionnements souscrits depuis le 1er janvier 2022, et modifie la situation des créanciers dans les procédures engagées après cette date.

Application dans le temps et procédures collectives (Ordonnance 2021-1193)

L’ordonnance sur les entreprises en difficulté, entrée en vigueur le 1er octobre 2021, a modifié les règles pour les procédures ouvertes après cette date. Elle a notamment précisé l’ordre de paiement des créanciers en liquidation judiciaire (nouvel article L. 643-8 du Code de commerce), en clarifiant le rang des créanciers titulaires de sûretés face aux créances superprivilégiées. Ces règles, qui relèvent de l’ordre public, s’appliquent immédiatement aux nouvelles procédures, affectant les droits de chaque créancier même si leurs sûretés ont été constituées sous l’empire d’une loi antérieure.

La gestion des conflits de lois dans le temps en matière d’exécution forcée est un exercice délicat qui exige une connaissance approfondie des réformes successives et de la jurisprudence (pour aller plus loin, V. Rép. pr. civ. Dalloz). Face à un enjeu aussi complexe, l’assistance d’un avocat est cruciale pour sécuriser vos droits. Notre cabinet met à votre service notre expertise en procédures d’exécution pour vous accompagner.

Foire aux questions

Qu’est-ce que le droit transitoire en procédure d’exécution ?

Le droit transitoire est l’ensemble des règles qui déterminent quelle loi (l’ancienne ou la nouvelle) s’applique lorsqu’une réforme législative entre en vigueur alors qu’une procédure de saisie ou d’exécution est déjà en cours.

Une nouvelle loi s’applique-t-elle toujours à ma procédure de saisie en cours ?

En principe, oui. C’est un principe de notre droit français. Les lois de procédure, comme celles régissant les saisies, sont d’application immédiate. Cependant, ce principe connaît des exceptions importantes pour garantir la sécurité juridique des actes déjà accomplis.

Que signifie la « survie de la loi ancienne » ?

Cela signifie que, dans certains cas, la loi en vigueur avant la réforme continue de s’appliquer à une procédure. C’est souvent le cas lorsqu’une décision rendue sur le fond a déjà été rendue ou lorsque la loi elle-même prévoit des dispositions transitoires spécifiques.

Un acte de saisie réalisé avant une réforme reste-t-il valable ?

Oui, un acte de procédure (comme un commandement de payer) qui a été valablement accompli selon les règles en vigueur au moment de sa réalisation reste valable et conserve son effet juridique. En revanche, les actes suivants de la procédure devront se conformer à la nouvelle loi.

Qui décide quelle loi appliquer en cas de conflit ?

C’est le juge, et en particulier le Juge de l’Exécution (JEX), qui tranche les conflits d’application de la loi dans le temps en se basant sur les principes généraux du droit transitoire, les éventuelles dispositions spécifiques prévues par le législateur et la jurisprudence de la cour d’appel ou de cassation.

Pourquoi la date à laquelle une procédure est « engagée » est-elle si importante ?

Cette date est souvent le critère utilisé par le législateur ou le juge pour déterminer si la procédure doit rester soumise à la loi ancienne ou passer sous le régime du nouveau texte. La définition de ce qui constitue l’engagement d’une procédure varie selon le type de saisie.

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