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Commissaire de justice français discutant de procédures d'exécution avec un client dans un bureau moderne.

Statut du commissaire de justice : organisation et déontologie 2025

Table des matières

La profession de commissaire de justice, née de la fusion des huissiers de justice et des commissaires-priseurs judiciaires, redéfinit le paysage de l’exécution des décisions de justice en France. Cette nouvelle profession de commissaire, officier public et ministériel au cœur de réformes profondes, dispose d’un statut, d’une organisation et d’un cadre déontologique complexes, essentiels à comprendre pour tout justiciable. Cet article vous propose une vue d’ensemble de cette profession, de ses conditions d’accès à son régime de responsabilité, un domaine que nos avocats experts en droit de l’exécution maîtrisent parfaitement, qu’il s’agisse d’une saisie ou de la réalisation d’un inventaire ou d’une prisée. Les aspects spécifiques de ses missions, comme le recouvrement amiable, sont traités en détail dans nos articles dédiés.

Création et évolution de la profession de commissaire de justice

La naissance du commissaire de justice est l’aboutissement d’un long processus de modernisation des professions du droit, visant à simplifier les démarches pour le justiciable et à rationaliser les compétences en matière d’exécution et de ventes judiciaires. Le métier de commissaire est ainsi devenu un interlocuteur unique pour de nombreuses procédures.

Genèse et cadre législatif de la fusion

L’idée de regrouper les professions d’huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire, dont le statut remontait pour les huissiers à une ordonnance de novembre 1945, a été officiellement consacrée par la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, dite loi Macron. L’objectif était de créer un interlocuteur unique pour les conséquences des défaillances des débiteurs. Le cadre statutaire a ensuite été fixé par l’ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, qui a formellement créé la profession de commissaire de justice, officier public et ministériel.

Dates clés et mise en place progressive (2022-2026)

La transition vers ce nouveau statut a été organisée par étapes. Depuis le 1er juillet 2022, les offices anciennement détenus sont devenus des offices de commissaires de justice, et les professionnels ayant suivi une formation de spécialisation ont pu prendre ce nouveau titre. Une période transitoire court jusqu’au 1er juillet 2026, date à laquelle tous les professionnels en exercice devront avoir validé la formation spécifique requise, selon les modalités fixées par le décret prévu à cet effet, pour continuer leur activité.

Rôle novateur et spécificités du commissaire de justice

Le commissaire de justice n’est pas une simple addition des anciennes compétences. Son statut novateur unifie la profession et redéfinit en profondeur les attributions et le monopole du commissaire de justice, notamment dans le contexte des récentes réformes de l’exécution forcée. Le projet de loi devenu la loi d’orientation pour la justice 2023-2027 prévoit d’ailleurs de lui confier la gestion de la procédure de saisie des rémunérations, actuellement dévolue au tribunal.

Conditions d’accès et de formation à la fonction

L’accès à la profession est strictement réglementé et subordonné à des conditions d’aptitude générale et à un parcours de formation professionnelle exigeant, bien que des voies dérogatoires existent.

Conditions générales d’aptitude (nationalité, moralité, âge)

Tout candidat doit être de nationalité française ou ressortissant d’un État de l’Espace économique européen. Il doit également satisfaire à des exigences de probité et d’honneur, impliquant l’absence de condamnation pénale ou de sanction disciplinaire pour des faits contraires aux bonnes mœurs. Enfin, la profession ne peut être exercée au-delà de l’âge de 70 ans, sauf autorisation exceptionnelle du garde des Sceaux.

Parcours classique : diplômes, examen d’accès et formation initiale

La voie d’accès principale impose d’être titulaire d’un master en droit ou d’un diplôme équivalent. Les candidats doivent ensuite réussir un examen d’entrée sélectif pour intégrer l’Institut national des commissaires de justice (INCJ), l’institut national de formation de la profession. La formation initiale dure deux ans, alternant enseignement théorique et stage professionnel dans un office. Elle est sanctionnée par un examen d’aptitude final.

Régimes dérogatoires et dispenses d’examen/formation

Des dispenses de diplôme, de formation ou d’examen sont prévues pour certains professionnels justifiant d’une expérience juridique significative. C’est le cas notamment pour d’anciens magistrats, notaires, avocats ou encore pour des clercs expérimentés ayant une pratique professionnelle de plusieurs années au sein d’un office de commissaire.

Processus de nomination et entrée en fonction

Une fois les conditions d’aptitude remplies, le futur commissaire de justice doit être nommé par le garde des Sceaux avant de pouvoir prêter serment et exercer ses fonctions.

Modalités de nomination (présentation, création ou vacance d’office)

La nomination intervient par arrêté du ministre de la Justice, publié au Journal officiel, la presse officielle de la République. Elle peut se faire de trois manières : par la présentation d’un successeur par un titulaire d’office qui se retire, par nomination dans un office déclaré vacant, ou par création d’un nouvel office. La création d’offices est encadrée par une carte d’installation établie par l’Autorité de la concurrence, qui définit des zones de libre installation (visant à renforcer la proximité) et des zones d’installation contrôlée.

Dispositions spéciales pour les départements d’Alsace-Moselle

Dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle, l’accès à la profession est conditionné par la réussite à une épreuve spécifique sur le droit local. Les nominations y suivent également une procédure particulière impliquant une commission de présentation dédiée.

Prestation de serment et formalités d’installation

Dans le mois qui suit sa nomination, le commissaire de justice prête serment devant la cour d’appel du siège de son office. Il dépose ensuite sa signature et son paraphe au greffe du tribunal judiciaire. Ce n’est qu’après l’accomplissement de ces formalités qu’il peut commencer à instrumenter un acte.

Organigramme professionnel : chambres régionales et nationale

La profession est structurée autour d’instances représentatives, reconnues d’utilité publique, qui veillent à son bon fonctionnement, à sa discipline et à la défense de ses intérêts collectifs.

Les chambres régionales et interrégionales : rôle et composition

Chaque ressort de cour d’appel dispose d’une chambre régionale des commissaires de justice, qui remplace les structures qui existaient anciennement pour chaque profession. Composée de membres élus par leurs pairs, elle représente la profession au niveau local. Ses missions sont variées : elle veille au respect de la déontologie, arbitre les conflits entre professionnels, vérifie la comptabilité des offices et traite les réclamations des justiciables.

La chambre nationale des commissaires de justice : structure et missions

La Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), qui a succédé à la Chambre nationale des huissiers de justice le 1er janvier 2019, est l’organe représentatif de l’ensemble de la profession auprès des pouvoirs publics. Elle a pour missions principales d’organiser la formation initiale, de préparer le code de déontologie, d’établir le budget de la profession et de concilier les différends entre les chambres régionales. Elle dispose également d’un observatoire économique pour analyser les données de la profession.

La caisse des prêts : un service essentiel de la chambre nationale

Rattachée à la Chambre nationale, la Caisse des prêts est un service qui a pour vocation de consentir des prêts aux commissaires de justice et aux candidats à la profession pour faciliter l’acquisition d’un office ou de parts de sociétés titulaires d’un office. Elle constitue un outil de financement interne à la profession.

Déontologie de la profession de commissaire de justice

En tant qu’officier public, le commissaire de justice est soumis à des règles déontologiques strictes, récemment modernisées pour garantir l’exemplarité et la confiance des justiciables.

Élaboration et principes du code de déontologie

Un nouveau code de déontologie, préparé par la Chambre nationale et rendu applicable par décret, est entré en vigueur le 1er mars 2024. Il énonce les principes et devoirs qui s’imposent au professionnel dans ses relations avec le public, ses clients et ses confrères. La probité, l’indépendance et le respect du secret professionnel en sont les piliers de chaque acte. Le contenu détaillé de ce texte est une ressource essentielle.

Le collège de déontologie : rôle consultatif et recommandations

Institué auprès de la Chambre nationale, un collège de déontologie participe à l’élaboration du code et émet des avis et recommandations sur son application. Il peut être saisi par le garde des Sceaux ou les instances professionnelles pour éclairer des situations individuelles complexes au regard des règles éthiques.

Mesures préventives : traitement des réclamations et injonctions

Avant d’engager une procédure disciplinaire, un système de traitement des réclamations est mis en place au niveau des chambres régionales. Une conciliation est systématiquement tentée. Le président de la chambre peut également adresser un rappel à l’ordre ou une injonction au professionnel pour mettre fin à un manquement. Ces mesures préventives s’ajoutent aux recours possibles en cas de faute avérée du professionnel.

Régime disciplinaire et sanctions applicables

La réforme a également modernisé le régime disciplinaire pour le rendre plus lisible et efficace, avec des juridictions dédiées et une échelle de sanctions claire.

Manquements disciplinaires : nature et cadre légal

Constitue un manquement disciplinaire toute contravention aux lois et règlements, toute infraction aux règles professionnelles et tout fait contraire à la probité, à l’honneur ou à la délicatesse, même commis en dehors de l’exercice professionnel. Un manquement disciplinaire grave peut consister à engager des poursuites sans s’assurer au préalable de la validité d’une décision de justice ou d’un autre titre exécutoire, fondement de toute mesure d’exécution forcée.

Le service d’enquête et la procédure disciplinaire

Des services d’enquête, composés de professionnels et d’experts-comptables, sont chargés d’instruire les faits susceptibles de constituer un manquement. Les poursuites sont ensuite portées devant des juridictions disciplinaires spécifiques : les chambres de discipline en première instance, et la Cour nationale de discipline en appel. Ces juridictions sont présidées par des magistrats pour garantir leur impartialité.

Peines disciplinaires, suspension provisoire et effets

L’échelle des sanctions va de l’avertissement et du blâme à l’interdiction d’exercer (temporaire ou définitive via la destitution), en passant par des amendes. En cas d’urgence ou de faits graves, un commissaire de justice peut être suspendu provisoirement de ses fonctions pendant la durée de l’enquête ou de la procédure pénale. Toute peine a un effet sur la fonction du commissaire de justice ; un administrateur peut alors être désigné.

La responsabilité du commissaire de justice

La responsabilité du commissaire de justice est le plus souvent engagée dans le cadre des procédures civiles d’exécution, où la moindre erreur peut avoir des conséquences significatives pour les parties. Elle peut être de nature contractuelle ou extracontractuelle.

Responsabilité contractuelle et manquement au mandat

À l’égard de son client (le créancier), le commissaire de justice est un mandataire. Sa responsabilité est engagée s’il commet une faute dans l’exécution de sa mission, par exemple un défaut de diligence, un retard anormal dans les opérations, ou un manquement à son devoir de conseil sur l’opportunité des actes à accomplir.

Responsabilité extracontractuelle envers les tiers et débiteurs

Le commissaire de justice peut également engager sa responsabilité à l’égard des tiers, et notamment du débiteur saisi. Une mesure d’exécution menée de manière fautive ou abusive peut causer un préjudice qui ouvre droit à réparation. De même, sa responsabilité peut être engagée s’il procède au recouvrement d’une dette alors que les délais de prescription pour agir sont expirés.

Condamnation aux frais de l’exécution et nullité des actes

Un commissaire de justice qui accomplit des actes injustifiés, inutiles ou nuls par sa faute peut être personnellement condamné à supporter les frais correspondants. Cette sanction vise à le dissuader d’engager des procédures à la légère ou de manière irrégulière. Le contenu de ses procès-verbaux est alors scruté.

Juridictions compétentes et voies de recours

Le contentieux de la responsabilité du commissaire de justice pour des actes d’exécution relève principalement du juge de l’exécution (JEX). Pour toute contestation relative à l’exécution, il est crucial de maîtriser les compétences du Juge de l’Exécution, qui est le juge naturel des litiges impliquant un commissaire de justice. Pour les fautes commises dans le cadre de son mandat, c’est le juge de droit commun qui est compétent (par exemple, le tribunal de commerce pour un litige commercial).

Le statut du commissaire de justice, ses obligations et son régime de responsabilité sont des sujets techniques aux enjeux concrets pour les justiciables. Si vous êtes confronté à une difficulté dans le cadre de procédures menées par cet officier ministériel, l’assistance d’un avocat est indispensable pour analyser la situation et préserver vos droits. N’hésitez pas à contacter notre cabinet pour un accompagnement personnalisé.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un commissaire de justice ?

Le commissaire de justice est un officier public et ministériel issu de la fusion des professions d’huissier de justice et de commissaire-priseur judiciaire. Cette nouvelle profession de commissaire existe depuis le 1er juillet 2022. Il détient le monopole de certaines activités comme l’exécution des décisions de justice et les ventes judiciaires par enchère.

Quelles sont les conditions pour devenir commissaire de justice ?

Pour devenir commissaire de justice, il faut être titulaire d’un master en droit, réussir un examen d’entrée, suivre une formation de deux ans à l’Institut national des commissaires de justice (INCJ) et enfin, obtenir l’examen d’aptitude professionnelle. Pour plus de détails, vous pouvez consulter la page dédiée sur le site du service public.

Qui contrôle la déontologie des commissaires de justice ?

La déontologie est encadrée par un code national. Son respect est contrôlé par les instances professionnelles, notamment les chambres régionales, et par un Collège de déontologie qui émet des avis. Le procureur général exerce également une mission de surveillance.

Quelles sanctions disciplinaires un commissaire de justice encourt-il ?

Les sanctions vont du simple avertissement à la destitution (interdiction définitive d’exercer), en passant par le blâme, l’interdiction temporaire d’exercer (jusqu’à dix ans) et des amendes. Une suspension provisoire peut aussi être prononcée pendant la durée d’une enquête.

La responsabilité d’un commissaire de justice peut-elle être engagée ?

Oui, sa responsabilité civile peut être engagée pour toute faute causant un préjudice. Elle est contractuelle envers son client (le créancier qui a une créance) et extracontractuelle envers le débiteur ou les tiers. Le juge de l’exécution (JEX) est souvent le juge compétent pour ces litiges.

Quand la fusion entre huissier et commissaire-priseur sera-t-elle définitive ?

Bien que la nouvelle profession existe depuis le 1er juillet 2022, une période transitoire est en place. La fusion sera totalement achevée le 1er juillet 2026, date à laquelle tous les professionnels devront avoir obtenu la qualification de commissaire de justice pour continuer à exercer.

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